anthropologie, corps, sexe, culture par philippe liotard - anthropo-body.com

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dimanche 6 décembre 2009

Eduquer à la sexualité: enjeux et débats à l'école, comme ailleurs

Les 3 et 4 décembre 2009, la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial de Belgique a organisé aux ateliers des Tanneurs, à Bruxelles sa quatrième Université d'Hiver (voir le programme). Elle a été consacrée à une analyse critique de l'éducation à la sexualité et à la vie affective. C'est dans ce cadre que je suis intervenu, pour une conférence intitulée:

« L'amour, le sexe, soi et les autres, à travers les nouveaux moyens de communication: SMS, MSN, FB et autres GSM »

Cette conférence a été construite pour répondre au questionnement du planning familial, tel qu'il a été formulé ci-dessous dans son argument :

« L’éducation à la vie affective et sexuelle ne se limite pas à l’apprentissage de la fécondité et de la contraception, des conduites à risques ou des gestes techniques des relations sexuelles mais inclut forcément une réflexion sur les valeurs et plus précisément sur la valeur que l’on donne ou que l’on prête à l’autre et à soi-même.

Investissant l’espace de l’intime, l’éducation à la sexualité est éminemment culturelle, sociale et politique. La société dans laquelle nous vivons nous conditionne en effet fortement, à travers les lois édictées, les images véhiculées par les médias et la culture, les discours religieux et moraux, voire à travers les règlements d’écoles, etc. Le milieu familial et social, premier lieu d’éducation, nous inculque de façon consciente ou inconsciente les normes et les valeurs qui participeront à faire de nous des hommes et des femmes épanouis dans leur vie amoureuse et/ou sexuelle et respectueux de celle des autres… ou non. Et parmi les multiples acteurs qui construisent nos connaissances, nos valeurs et in fine notre vie sexuelle et affective, les professionnels des centres de planning familial.

En Communauté française de Belgique, ils ont en effet, notamment, pour mission d’organiser des activités de prévention, afin de préparer les jeunes à la vie affective et sexuelle et d’assurer l’information et de susciter la réflexion auprès des adultes, sur ce thème. La Fédération Laïque de Centres de Planning Familial a voulu prendre le temps d’une réflexion large sur le sens de l’éducation à la sexualité au sein de la société. Et, à l’heure où les politiques envisagent de généraliser l'éducation à la vie affective et sexuelle à l’école, en questionner les objectifs, les influences et rôles respectifs des différents acteurs, … et la pertinence. »

Décidément, il se passe plein de choses en Belgique. Et en matière de réflexions et d'outils francophones, on pourrait même se demander si la Belgique n'est pas en train de devenir une sorte de Québec européen sur les questions d'éducation à la sexualité, de lutte contre les violences entre partenaires, etc. L'enchaînement des universités d'hiver du Planning familial fait apparaître comment les problèmes de société qui interfèrent avec l'éducation sexuelle des jeunes sont appréhendés et non pas rejetés (2006: Le plaisir, une question politique?; 2007: 35 ans de lutte entre militantisme et professionnalité; 2008: Diversité d'univers. Sexualité et multiculturalité). De même la brochure Hypersexualisation. Trop, trop tôt, trop vite éditée par Latitude Jeunes (Namur) et disponible sur le site de ressources ifeelgood.be, ou encore la rédaction et la diffusion de la charte bye bye préjugés, attestent d'une multitude d'initiatives en direction de publics divers, initiatives mettant au centre les questions des rapports sociaux de sexe, de la construction des genres, de la persistance des stéréotypes sexuels, des préoccupations identitaires...

La question posée par la quatrième université d'Hiver du Planning familial en Belgique est celle de la pertinence d'une éducation à la sexualité. En France, l'éducation sexuelle est instituée par la circulaire du 23 juillet 1973, ou circulaire Fontanet qui institue une information sur la sexualité (essentiellement en vue de prévenir les grossesses non désirées) et de manière optionnelle une possibilité d'intervenir (en dehors de l'emploi du temps, sous la responsabilité du chef d'établissement et avec autorisation des parents pour les mineurs à l'époque âgés de moins de 21 ans) sur l'éducation sexuelle. La circulaire établie ainsi la distinction entre d'une part une instruction (qui consiste à transmettre des connaissances sur "comment on fait les bébés" pour ne pas en faire) et par ailleurs une éducation, qui, elle, devrait intégrer une discussion sur les normes, les valeurs, les significations associées à la sexualité, dans le but d'aider les parents. Autant dire que si l'instruction a pu par endroits être mise en oeuvre (en général par l'enseignant chargé des sciences au moment du cours sur "la fonction de reproduction") la question de l'éducation est restée bien sagement dans les tiroirs où les chefs d'établissement avaient classé la circulaire.

Trente ans plus tard, la circulaire d'application du 17 février 2003 généralise et rend obligatoire (après plusieurs étapes) l'éducation à la sexualité dans les établissements du premier et du second degré "à raison d'au moins trois séances annuelles et par groupe d'âge homogène" (article 22 du Code de l'Education).

Ceci étant posé, la question demeure de savoir ce qui se fait effectivement dans les établissements secondaires. En l'absence de données précises sur ce point, d'autre questions se posent: que peut-on faire? que doit-on faire? comment le faire...?

Et puis une question plus simple, sans doute préalable aux autres: de quoi parle-t-on quand on parle d'éducation à la sexualité ou d'éducation à la vie affective?

La vie affective, la vie sexuelle sont des réalités qui s'apprennent, pourrait-on dire, sur le tas, sinon sur le tard. Il s'agirait du résultat d'un apprentissage que chacun ferait au fur et à mesure de son histoire et des rencontres qui, depuis sa plus tendre enfance, la jalonnent. Il s'agirait donc d'un apprentissage qui se ferait par soi, en relation avec autrui, un apprentissage qui, loin d'être spontané, se ferait néanmoins sans que l'on n'y prenne garde et parfois malgré soi. Bref, une construction individuelle qui s'élaborerait dans un environnement social.

Et voilà que cette manière d'intérioriser la vie relationnelle, affective, sexuelle doit être infléchie par des choix politiques. Voilà qu'une éducation s'est constituée pour que l'apprentissage soit orienté, conduit vers quelque chose d'autre, considéré comme souhaitable, ou tout au moins conduit en dehors de certains chemins considérés comme problématiques.

La première journée de l'Université d'Hiver a montré l'importance de la définition. Il importe donc de penser la notion d'éducation comme double processus. Et dans un second temps, à partir de cette définition, de s'interroger sur la pertinence et l'impertinence qu'il y a de mettre en oeuvre un programme d'action visant à éduquer les jeunes générations à la vie affective et sexuelle, c'est-à-dire, tout simplement à la vie.

Voilà d'où part ma contribution à cette université d'hiver. L'éducation est un double processus de transmission/intériorisation d'une culture. La transmission des éléments de la culture (qu'il s'agisse d'éléments objectifs ou d'éléments subjectifs) se fait depuis les générations adultes, les institutions et tous les médias vers les jeunes générations. L'intériorisation de ces éléments se fait par les jeune générations qui vont se les approprier.

Déjà, on voit comment le processus est complexe. D'un côté une intention, qui vise à transmettre des choses considérées comme importantes (des savoirs, des modèles de comportements, des idéaux...). De l'autre une réception, qui retient certaines de ces choses tout en les redéfinissant selon des manières de penser, de sentir et d'agir propres à l'époque.

C'est sur cette rencontre que je suis intervenu, entre le désir des adultes de contribuer à l'épanouissement et au bien-être des jeunes générations et celui de ces dernières d'expérimenter leurs propres désirs selon des modalités qui, précisément, ne sont pas nécessairement valorisées par les adultes. Cette rencontre est aussi celle des espoirs (de l'éducation) et des angoisses (à l'égard des jeunes générations). Travailler sur les nouveaux moyens de communication, le web2.0, les téléphones portables (GSM), les réseaux sociaux (tel facebook), les SMS et autres manières d'entrer (ou de rester) en communication avec autrui permet d'articuler tous ces éléments. Cela permet de faire émerger le fait que loin d'être des outils dont il faudrait se méfier, ils permettent aux jeunes qui les manipulent d'expérimenter une vie relationnelle par de nouveaux canaux se caractérisant par l'instantanéité, l'ouverture au monde, l'ubiquité... La circulation des informations (sur le sexe, sur l'amour, sur le couple, sur les filles et sur les garçons) permet aux jeunes de communiquer et d'apporter des réponses aux questions qu'ils se posent là où, trop souvent, les institutions(éducatives, de santé...) apportent des informations à des problèmes formulés par elles-mêmes. L'auto-régulation existe, les systèmes de contrôle collectif, les valeurs n'ont pas disparu et proposent des garde-fous que les jeunes usagers construisent eux-mêmes.

Bien sûr, il y a des risques. Comme il y a des risques à entrer en couple, à faire l'amour, à conduire un engin motorisé. Il y a des risques à s'exposer sur Internet, comme il y en a à manipuler une scie sauteuse. Mais c'est aussi dans l'usage de l'Internet et des réseaux sociaux que l'on apprend à être soi en se confrontant aux autres, à livrer de soi ce que l'on désire montrer à autrui et à recevoir d'autrui des retours permettant de devenir soi.

Eduquer (au sens de transmettre) suppose de savoir ce qui a déjà été appris, notamment lorsque les apprentissages résultent d'influences diffuses comme cela est essentiellement le cas en matière de vie relationnelle, affective ou sexuelle. Par conséquent, avant de juger une "culture jeune", avant de s'angoisser devant des usages qui nous dépassent ou dont nous n'avons pas connaissance, importe-t-il d'observer. Sur le sexe, sur l'amour, les adolescents et les adolescents savent des choses, sur les relations entre les garçons et les filles aussi. Ce qui compte, en matière d'éducation, c'est de s'appuyer sur ces réalités, qu'elles nous plaisent ou non, pour amener les jeunes à emprunter d'autres chemins, si nous le jugeons utile et si les jeunes eux-mêmes en perçoivent l'intérêt. Des normes sont nécessaires, des codes comportementaux doivent être posés. Néanmoins, l'on sait qu'il sont d'autant plus efficaces qu'ils ont été appropriés par celles et ceux dont ils vont réguler les comportements.

Alors oui, le débat est ouvert en matière d'éducation. Et pour qu'il soit fécond, regardons ce qui se passe. Sans nous affoler. Et écoutons de même ce que les jeunes générations, toujours habiles à manier les outils que nous leur avons légués par la révolution numérique, ont à nous apprendre.

lundi 19 octobre 2009

Corps transformé corps autogéré: débat autour de la question trans. Depuis Montpellier. Seconde journée.

Intitulées "Regards croisés sur le genre", les secondes Assises du Corps transformé se sont tenues les 16 et 17 octobre 2009. Il s'agissait d'un colloque qui a eu le mérite de permettre l'expression de certain-e-s expert-e-s français-e-s du transsexualimse, confrontés à des chercheurs et chercheuses interrogeant des réalités proches et à des actrices et des acteurs de la transidentité. Ces Assises ont été quasiment essentiellement consacrées à la question trans, et plus particulièrement à celle du changement de sexe. Des approches historiques, juridiques, cliniques, psychanalytiques, sociologiques ont ainsi été confrontées et croisées avec des analyses produites par des femmes ayant réalisé le parcours transidentitaire.

Après la seconde journée (du 17 octobre 2009) voici de nouvelles impressions. Des actes seront publiés qui donneront l'intégralité des communications. Pour l'instant, il s'agit plutôt d'un compte-rendu qui exprime mon regard sur ce qui s'est joué durant ces deux journées. Pour la première, (du 16 octobre 2009), j'avais tenté de repérer les tensions, de saisir le jeu des réactions de la salle face aux exposés, mais aussi de percevoir ce qui, dans les propos des experts, pouvait être gênant, voire choquant pour les actrices et les acteurs des transformations corporelles liées à la transidentité.

La seconde journée des Assises promettait des échanges plus tendus ou, tout au moins, portant sur les enjeux sociaux, politiques et éthiques de ces transformations. Il faut dire qu'elle a tenu ses promesses.

C'est François Vialla, juriste, co-organisateur des Assises qui ouvre la journée. Pendant qu'il s'adresse à l'assistance et avant que les premiers intervenants ne prennent la parole, Colette Chiland porte à la tribune un tract distribué le matin même à l'entrée de la Fac de droit par PinkFreak’X qui a organisé en parallèle les ''Assises des Corps autogérés''. Le tract est intitulé Faux experts/Vrais menteurs et s'en prend explicitement aux premiers conférenciers de la matinée, à qui Colette Chiland a porté le document, et à la dernière intervenante de cette même matinée, Colette Chiland elle-même. La matinée commence donc par l'interpellation indirecte mais intrusive et ciblée des « spécialistes » par les « militants ».

L'équipe qui prend la parole est composée d'un psychiatre (Bernard Cordier), d'une endocrinologue (Catherine Brémont Weil), et d'un chirurgien plasticien Marc Revol. cette équipe intervient à l'hôpital Cochin, à Paris où sont réalisées 25 opérations de changement de sexe par an. Le débat est lancé.

C'est le psychiatre, Bernard Cordier qui prend la parole et qui la distribue à ses deux collègues. Il commence: «Vous avez devant vous le gang des faux experts dont le plus malfaisant est votre serviteur qui exerce la tâche stigmatisante de psychiatre». Il présente l'équipe de la manière suivante: «Nous sommes une équipe qui travaille sur l’énigme du transsexualisme». Pour sa collègue, l'endocrinologue Catherine Brémont Weil, c'est «une pratique dont nous n’avons pas à rougir», car elle répond à la demande d'une «population souffrante». Selon elle, qui dit «suivre le corps de 800 patients», «le transsexualisme est subi et non pas choisi». Elle souligne qu'elle produit des prescriptions hors AMM (autorisation de mise sur le marché), ce qui engage totalement la responsabilité des médecins de l'équipe et la sienne propre. Le plasticien Marc Revol intervient à son tour pour indiquer qu'il ne fait pas «des transformations chirurgicales, mais des confirmations de genre.» Ce qui est problématique pour le chirurgien dans ce genre d'intervention, c'est qu'il ne s'agit pas d'une chirurgie du désordre qui aurait à ôter une tumeur par exemple. Il n'y a au contraire aucune anomalie. Marc Revol se pose en technicien du corps et dit faire «une grande confiance au psychiatre … pour éliminer les contre-indications» et pour donner des avis sur les modalités de la transformation. La position de praticien est rappelée. La pratique de l'équipe de l’hôpital Cochin est, à ce titre observée par le Centre d'éthique clinique de l’hôpital cochin, du point de vue des décisions qu'elle peut prendre en matière de transformation hormono-chirurgicale.

Dans ce dispositif, on constate la place prédominante accordée au psychiatre, les autres intervenants étant subordonnés à son diagnostic. Il affirme ne pas adresser l’ensemble des patients qu'il reçoit en consultation au professeur Revol et à madame Bremont, 10% souffrant selon lui d’une autre pathologie. Car, pour lui, le désir de devenir autre et de passer pour cela par une intervention chirurgicale, traduit nécessairement une pathologie, même s'il nuance en disant qu'«en terme de maladie mentale, c’est assez léger».

Oui, le débat paraît lancé en ce début de seconde journée, notamment celui sur la psychiatrisation de la transidentité, relancé par Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des sports, qui a annoncé le 16 mai 2009 la «déclassification de la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée». La parole est à la salle pour une série de questions. La présence dans l'amphithéâtre de nombreuses personnes ayant vécu tout ou partie du processus de transformation identitaire pour lequel officie l'équipe médicale qui vient de s'exprimer augure d'un débat serré.

Le débat n'aura pas lieu. Pas vraiment, je veux dire pas à la hauteur des enjeux ni à celle des questions ouvertes par l'équipe médicale. Il n'aura pas lieu pour des raisons de configuration situant la prise et la circulation de la parole au sein d'un rapport de force. La manifestation de l’autorité universitaire s'est exprimée par la voix de François Vialla chargé de modérer le débat. La manière dont il va l'ouvrir va exercer une violence symbolique sur l'assistance.

«Je serai plus draconien que le professeur Mateu, hier» commence-t-il. «Quand on pose une question On ne refait pas une conférence, je vous demande de formuler votre question avec précision et concision. Nous sommes dans une faculté de droit. Précision et concision du verbe. J’y veillerai.» Cette intervention n'est pas sans conséquence sur les interactions qui vont suivre. D'abord, il est évident que les personnes non habituées à l'échange universitaire, celles qui, précisément, ne maîtrisent pas le verbe, celles qui n'ont ni l'habitude de le manier comme la faculté de droit l'enseigne, ni même simplement de prendre la parole publiquement, se retrouvent dans une situation difficile. La violence symbolique du dispositif de circulation de la parole s'exerce à plein. Dès la première question, le psychiatre Cordier, visiblement agacé à la tribune, coupe une personne qui pose deux question: «Excusez-moi, il y a quatre questions derrière». Il ne répond pas à la seconde, indiquant que Colette Chiland le fera en fin de matinée, indiquant en cela une capacité de visionnaire que les propos de Colette Chiland contrediront. Les questions suivantes seront brèves. Le débat n'a pas eu lieu. Pas encore

Anne-Gaëlle Duvochel, membre du GEsT (Groupe d'Etude sur la Transidentité) intervient sur la double question de la psychiatrisation et de la médicalisation. Elle souligne le fait que l'équipe médicale qui vient de s'exprimer était sur la défensive. Ce simple constat indique la difficulté de dialoguer. Il indique la difficulté de la rencontre et de la prise en compte des différents points de vue. Malgré la bonne volonté, malgré le désir de bien faire. Les individus impliqués (du côté du désir de soin ou du côté du désir de construction de soi) réagissent avec leurs tripes autour de ce que le corps transformé signifie pour eux: une prestation technique ou une étape vers la reconnaissance de soi par autrui. Anne-Gaëlle Duvochel exprime pourtant bien le fait que les personnes ne sont pas en cause, mais bien plutôt qu'une personne qui veut aller vers la transsexualité, est aux mains du système, un système au sein duquel la chirurgie est au centre. C'est parce que le processus de changement d'identité suppose que soit portée atteinte à un corps sain que le système de diagnostic psychiatrique et de prise en charge médical est élaboré. L'opération est ainsi conçue comme un label de détermination dans le changement d'identité, label nécessaire à ce que le juge consacre un parcours médical en autorisant la reconnaissance de ce changement par l’état-civil.

La question qui se pose désormais à la médecine est la suivante: Que va-t-on faire du transsexualisme, maintenant que ça n’est pas une maladie ? L’intervention d’Anne-Gaëlle Duvochel situe l’opposition, le conflit, voire l’affrontement entre les protagonistes de ces Assises du Corps transformé. La psychiatrie constitue le sésame vers le changement de sexe, ce qui constitue une «réponse folle à demande folle» selon Colette Chiland.

Il se passe quelque chose durant ces Assises. La rencontre a lieu mais le débat ne parvient pas à se construire. Trop d'émotion interdit au savoir de s'exprimer.

Ce qui se passe va s'exprimer en partie durant l'intervention suivante introduite par François Vialla. En présentant l'intervention de Michel Levinet (qui vient de co-diriger ''Les grands arrêts de la Cour européenne des Droits de l'Homme'') François Vialla crée la rupture avec l'intervention précédente d'une actrice de la transidentité. Michel Levinet est ainsi présenté comme celui qui, a contrario, va porter sur la question transidentitaire «le regard froid et objectif» du juriste.

Alors, quel est ce regard? Pour répondre à cette question, il faut distinguer l'intérêt de l'analyse qu'a livrée Levinet des arrêts de la Cour européenne des Droits de l'Homme de son attitude. L'analyse des arrêts participe au débat sur la manière dont les sociétés voient la question trans. En revanche, l'attitude adoptée, faite de provocation et de jugements de valeurs glissés au détour d'un commentaire a conduit certaines participantes à quitter la salle. Mais c'est à un autre niveau que son intervention est intéressante: celui de l'objectivité du savoir, et, en l'occurrence, de l'objectivité du droit. Le juriste peut-il revendiquer un «regard froid et objectif»?

D'emblée, il affirme ne pas parler «sous le contrôle des militants», dénonce des «propos simplificateurs», stigmatise une «revendication polémique» qu'il associe aux revendications homosxuelles ou sadomasochistes. Après les interpellations de la salle: «je suis à l’Université, je dis ce que je veux». S'appuyer sur la liberté que l'Université peut garantir à l'intelligence constitue un bel exemple de rhétorique. Levinet, à l'évidence, adopte une position agressive, alors que les médecins s'étaient placés sur la défensive. Pourtant, ce qu'il dit est loin d'être inintéressant (et sera d'ailleurs repris et discuté en partie par François Viallat et Marie-France Bureau l'après-midi, qui exposeront à leur tour une autre vision du droit).

Ses propos permettent de saisir les conséquences de la sollicitation du droit (et plus particulièrement de la Cour européenne des Droits de l'Homme) après celle de la médecine par les personnes engagées dans un processus de transformation identitaire de genre. Il présente les interrogations juridiques considérables de telles démarches. «Tous les juges sont des créateurs de droit par la jurisprudence. C’est la lecture que va faire le juge de la Convention européenne des droits de l’homme qui va permettre le succès de la sollicitation de la Cour par les transsexuel-le-s ». Il montre notamment comment les lectures récentes affirment le droit de la non-discrimination, de l’épanouissement personnel… le droit de chacun, en tant que droit de l’homme à vivre selon le sexe désiré. La Cour européenne des droits de l’homme doit répondre à un triple défi sous l’effet de ces sollicitations. D'abord, elle doit (ou elle a dû) se prononcer à un niveau étiologique interrogeant la nature-même du transsexualisme. Ensuite, elle doit se positionner pour savoir ce qu'il en est de l'état-civil, notamment pour savoir s'il n'y a pas d'infraction à la vie privée. Levinet constate une évolution de la définition de la notion de sexe sous l’effet de ces sollicitations. Enfin, le troisième défi consiste à se prononcer, en cas de refus, sur l'atteinte à d'autres droits, comme celui de se marier, d'avoir des enfants... L'analyse et la compréhension des arrêts de la Cour européenne est donc incontournable. Levinet a alors fait une nouvelle remarque, passée inaperçue, mais dont l'importance est grande, du point de vue du «regard froid et objectif» du juriste.

Lors d'un commentaire des arrêts, il dit: «Pour faire plaisir, on va utiliser un terme neutre, mais ça ne changera rien à mon point de vue». Or, on n’utilise pas un terme neutre, en tant que spécialiste du droit européen, à la tribune d'un colloque «pour faire plaisir», surtout quand on a été présenté comme un représentant du « regard froid et objectif » du droit. Levinet a d'ailleurs lui-même rejeté ce regard «froid et objectif» en indiquant que «c’est la lecture que va faire le juge de ce texte qui va permettre le succès de la sollicitation de la cour». S’il y a lecture, il y a interprétation. S’il y a interprétation, il y a subjectivité. Plus tard, Levinet : «Vous savez, il faut lire les arrêts, le vocabulaire n’est pas innocent, il n’est pas anodin». Et bien justement, le vocabulaire n’est pas innocent, il n'est pas anodin. il importe d'autant plus qu'il ne soit pas choisi pour «faire plaisir».

Après avoir commenté quelques arrêts, Levinet déplore que «la convention s’intéresse à l’évolution des mentalités» et interroge: «mais comment peut-on la mesurer cette évolution?» Je ne sais pas comment la Cour européenne évalue l'évolution des moeurs, mais ce que je comprends, c'est que les arrêts rendus traduisent une lecture nécessairement subjective de la Convention européenne des droits de l'homme et que cette subjectivité évolue en fonction des transformations sociales. Dans un même cadre, il est donc possible de lire les choses différemment. La question du droit et de la prise en compte par le droit de nouvelles réalités sociales se pose à deux niveaux : d’abord à celui de l’évolution de l’interprétation au sein du cadre juridique mais aussi au niveau de l’évolution de ce cadre. Pour l'heure, il semblerait que les arrêts rendus à la Cour européenne aille, en matière de transsexualité dans le sens de la volonté des personnes «nouvelle religion de nos sociétés» selon Levinet.

La question qui se pose alors est dans l’armement de la subjectivité des juges, dans la manière de leur donner des outils de compréhension permettant de guider le jugement. Ce qui se joue devant la Cour européenne, c'est aussi ce qui se joue dans l'amphithéâtre des Assises du corps transformé, à un autre niveau: le Conflit des subjectivités, avec d'un côté des subjectivités institutionnelles (ou plutôt des subjectivités qui s'expriment au nom de l'objectivité des institutions) et de l'autre les subjectivités singulières, elles-mêmes orientées par des combats collectifs. La question posée est celle de la légitimité de ces subjectivités. Celle des demandeurs d'une aide pour leur transformation est rejetée du côté de l’imaginaire (terme utilisé pour noter le caractère illusoire de la demande), du côté de «la subjectivité pure et simple des intéressés». Mais les juges ne disent-ils pas le droit par rapport à leurs propres imaginaires du juste?

La psychanalyste Françoise Wilder note d'ailleurs fort bien comment le fait de parler de ce sujet (la transformation du corps du point de vue de l'identité de sexe), c’est en devenir l’expert, si personne d’autre n’en parle. Elle plaide pour la prise en compte des différents points de vue plutôt que pour l'affirmation de certains d'entre eux qui, bardés de références scientifiques, s'accordent une importance supérieure à celui des transsexuels, élaboré à partir d'une expérience singulière.

Dans la foulée, Colette Chilland note qu'il est nécessairement «difficile d’entendre parler à la troisième personne d’une réalité que l’on vit à la première personne» (ce qui ne l'empêche pas de le faire). Et pourtant la difficulté de l'échange se situe dans ce constat. Qui parle? Pour qui? et au nom de quoi? Telles pourrait être résumées les grandes questions posées par ces Assises. D'autant que se construit, par rapport à la posture, par rapport à l'énonciation (à la première ou à la troisième personne) une opposition identitaire. Les "nous" s'opposent au "eux" et aux "elles" qu'il s'agisse du "nous" militant ou du "nous" savant. Colette Chiland l'illustre quand elle dit: «le dialogue est difficile, voire impossible, avec les militants activistes. Et nous le déplorons.» Pendant l’intervention de Colette Chiland le mégaphone de PinkFreak’X se fait entendre. D’où je suis, je ne comprends pas les slogans. Mais j’entends la sirène qu’ils activent. Le bruit est perceptible au moment même où Colette Chiland déplorait l’impossibilité du dialogue avec les «militants activistes». Ce qui est intéressant dans son discours, c'est cette répartition en trois catégories. La première qui n'est pas nommée mais qui est celle dans laquelle elle se situe, la seconde est celle des patients (qui seraient les personnes ne posant pas de problème et qui se conforment à la prise en charge médicale) et puis, dernière catégorie, celle des militants, ces militants qui «veulent être considérés comme des variations de la norme» et non pas comme des malades.

L'après-midi Marie-France Burreau défendra du point de vue juridique le Droit à l’autodétermination, après que Camille Bernard, du GEsT, aura montré dans une intervention alliant rigueur de l'analyse et émotion issue de l'expérience que les actrices et les acteurs de ces transformations ont tout à fait leur place dans le débat et peuvent y échanger à armes théoriques égales.

Finalement, le débat a été posé.

D'abord, sur la place du droit dans la société et sur sa fonction sociale, notamment dans la prise en compte des nouvelles réalités Ensuite, au plan du savoir, entre le savoir constitué sur les transsexuels et le savoir élaboré par les actrices et les acteurs. Enfin, au plan politique, entre l’auto-détermination des acteurs et des actrices et l’imposition des cadres juridiques, administratifs et politiques de la normalité.

Pour prolonger le débat:

Un portail français sur la transsexualité qui renvoie vers de nombreuses associations françaises

Un texte de Tom Reucher sur les Trans comme experts

Un article d'Hélène Hazera dans Yagg: "Trans’: retour sur un week-end de colloque et de contre-colloque à Montpellier"

vendredi 16 octobre 2009

Corps transformé, corps autogéré: débat autour de la question trans. Depuis Montpellier. Première journée.

Aujourd'hui 16 octobre 2009 débutent à l'université Montpellier 1 les secondes Assises du Corps Transformé. Les premières avaient été consacrées au visage et à la chirurgie. Cette fois-ci, elles s'intitulent "Regards croisés sur le genre". Avant même leur tenue, elles ont donné lieu à la mise en place de contre-assises, les Assises des corps autogérés, organisées à l'initiative de plusieurs associations militant pour la reconnaissance et le respect des personnes trans ou luttant contre la transphobie ou l'homophobie.

Ce face à face s'est traduit lors de mon arrivée à l'accueil des Assises:

« Bonjour, vous êtes intervenant ?

– Oui

– Alors on va vous donner un badge intervenant qu’il faudra garder toute la journée. Parce que vous avez vu qu’on a des petits problèmes de sécurité.

– Ah bon ?

– Oui, tout à l’heure on a eu une petite manifestation. »

Je comprends mieux les vigiles, à l'entrée de la faculté de droit, en costume-cravate-oreillette.

Durant les dernières interventions de la matinée, on entend depuis l’amphithéâtre les cris de la manifestation, « ni homme, ni femme : transpédégouines ». De manière assez ironique, les slogans se font entendre au moment de l’intervention très pertinente de Claire Nihoul Fekete, pédiatre chirurgienne travaillant sur les malformations sexuelles de l’embryon.

Ce que j'ai gardé de cette première partie des Assises du corps transformé, ce sont d'abord les tensions – dans l'amphithéâtre – entre certaines formes de savoir ou plutôt entre différents rapports au savoir. Organisées de manière à confronter les points de vue entre scientifiques, les Assises proposent une transversalité des approches, une complémentarité des savoirs. Il n'est donc pas question de hiérarchiser le propos d'un chirurgien par rapport à celui d'un historien de l'Empire byzantin ou celui d'un juriste par rapport à ce que dirait une sociologue ou un philosophe. Ce genre de colloque donne au contraire la possibilité de différencier et d'articuler les différents niveaux d'une même réalité.

Ce qui se passe, c'est l'opposition entre deux postures parmi les scientifiques présents. Ils y a celles et ceux qui savent et qui le disent. Leur savoir paraît ne pas pouvoir être mis en cause. Ce sont les sujets sachant sur... en l'occurrence la transsexualité (j'utilise ce terme impropre pour l'instant, car c'est un peu celui qui a paru être utilisé de la manière la plus spontanée). Et puis, il y a une autre posture épistémologique. Il s'agit de chercheuses et de chercheurs qui connaissent bien un domaine – "leur" domaine (qui peut être la chirurgie néo-natale, les eunuques de Constantinople, les rites Amérindiens...) – et qui affirment ne rien connaître, ou pas grand chose, à la question de la transsexualité. Et pourtant, ils apportent beaucoup à la réflexion. Et je me suis demandé pourquoi ils apportaient autant, alors que celles et ceux qui parraissent être celles et ceux qui savent sur... produisaient une sorte de malaise dans leurs affirmations.

La conclusion à laquelle j'en suis arrivé pour l'instant (conclusion qui reste à approfondir) tient dans l'idée que peut-être les personnes qui ont exposé leur savoir sans l'accompagner de la prétention d'apporter une réponse définitive étaient aussi celles dont le propos était le plus expurgé de jugements de valeurs, de catégorisations binaires et qui, de plus, laissaient une grande place au questionnement.

Bon, la journée n'est pas finie.

Il me reste à restituer le fonds des Assises qui, d'ailleurs, sont intitulées "Regards croisés sur le genre"... et non pas "Regards croisés sur la transsexualité". Pourquoi a-t-on glissé sur cette thématique, aussi confuse que passionnée ? Et puis, au fait, de quoi est-il question ?

ça y est. La première journée s'est terminée. Dehors, face à l'entrée de la fac de droit, ont été collées quelques affiches où il est question de transphobie, de silence meurtrier. Un tract a été distribué, que je n'ai pas eu, intitulé "Faux experts / Vrais menteurs". La question du savoir encore, mais posée autrement. Du dehors. Et qui vient comme une dénonciation.

Je m'interroge sur ce qu'il y a lieu de dénoncer dans ce que j'ai entendu. Je veux dire dans les communications qui ont été proposées. En fait, pas grand chose.

Au contraire même. J'ai plutôt l'impression que ce que j'ai entendu ne parle ni à la place, ni pour, ni même de personnes transidentitaires. Encore une fois, je parle des communications (Les postures savantes qui m'ont dérangé sont plutôt venues de la salle, des commentaires produits par des "spécialistes" qui ne sont pas encore montés à la tribune) et ces communications parlaient d'autres choses: d'hermaphrodites, d'eunuques, de personnes intersexuées, de voix, de malformations des embryons... Mais pas (ou peu) de transformation. J'y reviendrai.

En revanche, beaucoup de descriptions, judicieuses, précises... Par exemple, la présentation de la fonction des eunuques à Constantinople comme celle des rites chez les Amérindiens apportent un regard sur la manière dont les différences anatomiques sont prises dans un bain culturel qui leur donne du sens et permet aux personnes de se situer dans la société dont elle sont issues.

... à suivre...

mardi 29 septembre 2009

Egalité des sexes et Sexualités. Cycle de tables rondes. Assises Emilie du Châtelet

le programme des Assises

les conditions d'inscription

mercredi 18 mars 2009

La Journée de la Jupe avec Isabelle Adjani

A voir vendredi 20 mars 2009 sur ARTE à 20h45 ou en salle à partir du 25 mars La Journée de la Jupe

vendredi 29 février 2008

Interventions de Philippe Liotard sur les thèmes de la sexualité, l'éducation, les rapports entre les sexes, la pornographie. Et finalement le sexe et la cutlure

• "L'amour, le sexe, soi et les autres chez les jeunes, à travers les nouveaux moyens de communication: SMS, MSN, FB et autres GSM", Bruxelles, Université d'hiver de la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial, 4 décembre 2009.

• "La chair appareillée: l'orgasme sous assistance", Colloque "Robots, hybrides, cyborgs ; vers une approche de la trans-humanité », Nancy, 1er octobre 2009.

• "Jeunes et modèles de sexualité. L'hypersexualisation, c'est-à-dire?", "Hypersexualisation? Journée d'étude sur la construction de la sexualité des enfants et des adolescents", Namur, 9 décembre 2008.

• "Construction des genres et relations entre les sexes: le couple à l'épreuve de l'égalité", Colloque Régional «Agir pour la prévention des violences faites aux femmes», Metz, 28 novembre 2008.

• "Comportements sexistes: contrôle et usages des corps", Romorantin, 25 novembre 2008.

• "Entrée dans la sexualité, construction du rapport à l'autre, respect de soi et d'autrui", Printemps de la Jupe et du respect, Rennes, 27 mars 2008

• "Entre normes et liberté, peut-on enseigner la sexualité?", Café du genre, Montpellier, 12 février 2008

• "Représentations de la sexualité et structurations des relations garçons-filles", Colloque Violences sexistes. Eduquer au respect mutuel, Rennes, 23 novembre 2008

• "Sexualité des jeunes. Y a-t-il un genre dans la sexualité?", Réseau Santé Jeunes, Pau, 5 novembre 2007

• "Corps et sexualités : l’ethnologie au défi", 131è Congrès national des sociétés savantes et historiques, Grenoble, avril 2006

• "Garçons, filles et sexualité, l’apprentissage du respect mutuel à l’adolescence", Lycée Agricole, Areines, mars 2006

• "Sexe imaginaire et marchandisation du corps", Festival de Cinéma Sex is Politic, Saint-Denis, février 2006

• "Education physique, éducation sexuelle et apprentissage des rapports sociaux de sexe depuis la fin des années 1960 en France, 11ème Carrefour d’histoire du sport, Lyon, octobre 2004.

• "Valeurs du corps et imaginaires de la sexualité: l’homophobie comme indicateur des stéréotypes de genre dans le monde sportif", Deuxième congrès international de la Société de Sociologie du Sport de Langue Française, Université Paris-Sud XI, octobre 2004

• "La construction des genres: sexualités et apprentissage de l’autre", conférence donnée dans le cadre de la semaine de Prévention « Sexualités? Libertés? Egalités?, Mission égalité entre les femmes et les hommes, Université Paul Valéry, Montpellier, mars 2004

• "La Salope et l’étalon. Figures de la sexualité et apprentissage des genres", Premier congrès de l’association française de sociologie, Villetaneuse, février 2004

• "Ornementations génitales : l’esthétique du sexe comme contre-pouvoir", Journées d’études Corps et Objets, Nîmes, septembre 2003.

mercredi 14 décembre 2005

SM - Bob Flanagan : Ça fait du bien là où ça fait mal - TEXTE INTEGRAL

le texte de l'article paru dans la revue Quasimodo n°5 (Art à contre-corps) sur le travail artistique de l'artiste performer américain Bob Flanagan, "supermasochist" et sur ses implications politiques.

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