Une interview de Philippe Liotard parue récemment dans Entreprises et carrières, n°994, 23-29 mars 2010
"Tatouages et piercings: d'abord une affirmation de soi"
première partie:
seconde partie:
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vendredi 16 avril 2010
Par PHL le vendredi 16 avril 2010, 08:22 - Modifications corporelles
Une interview de Philippe Liotard parue récemment dans Entreprises et carrières, n°994, 23-29 mars 2010
"Tatouages et piercings: d'abord une affirmation de soi"
première partie:
seconde partie:
dimanche 1 novembre 2009
Par PHL le dimanche 1 novembre 2009, 13:16 - Corps
en prévision du colloque de Lille du 18 novembre 2009, voici quelques notes sur les discriminations discrètes.
La HALDE peut être saisie pour toute discriminations portant sur un des 18 critères de discrimination prohibés par la loi, dans des domaines comme l'éducation, l'emploi, le logement, les services publics...
Ma réflexion porte sur des discriminations qui, pour certaines, entrent dans ces critères illégaux de discriminations (par exemple, celles qui se fondent sur l'apparence) et pour d'autres n'entrent pas en tant que telles dans ces critères – comme la transphobie – mais qui pourtant peuvent être condamnées au nom de critères prohibés (notamment l'apparence physique).
Il s'agit notamment d'interroger des discriminations que je qualifie de discrètes car elles traduisent bien un traitement inégalitaire alors que ce traitement échappe à celles et à ceux qui l'effectuent et même parfois à celles et à ceux qui le subissent. Le critère de la discrimination peut, par ailleurs, ne pas apparaître clairement, ou bien la perception de la discrimination être interprétée comme relevant d'un autre critère.
Par exemple, une discrimination objective peut être attribuée à un critère d'origine ou de religion, alors que ce qui la fonde peut, par exemple, résulter d'un rejet lié à l'apparence (au look), ou a des éléments discrets de cette apparence (comme des boucles d'oreille, un type de maquillage ou de coiffure...), ou encore à des petits riens qui échappent à tous (un regard, une posture, une manière de saluer, un accent, une intonation) et qui font que chaque individu est marqué par sa culture, y compris s'il ne s'en aperçoit pas. Ce travail sur les discriminations discrètes consiste d'une part à identifier ce qui peut – dans l'apparence des personnes – produire un traitement inégalitaire. Par ailleurs, il porte sur certaines modifications de l'apparence et sur leurs effets en matière de discriminations: le tatouage et le piercing (certains d'entre eux tout au moins, lesquels et pourquoi), les transformations de l'apparence qui produisent des corps ambigus, échappant aux stéréotypes des féminités et des masculinités convenues, ou encore les corps enrobés que la médecine qualifie d'obèses.
... article en cours de rédaction ... mise à jour le 4 novembre 2009
dimanche 4 octobre 2009
Par PHL le dimanche 4 octobre 2009, 00:14 - Modifications corporelles
Les modifications corporelles ne cessent d'alimenter les émissions télévisées. Ainsi, le Magazine de la santé a-t-il consacré (le 16/10/2008) un nouveau dossier, intitulé: Body-Art: Le corps transformé Ce dossier reprend des idées déjà développées par la même équipe selon laquelle les pratiques de modification corporelle devraient être encadrées, sinon réalisées par le corps médical.
S'agit-il d'un nouveau marché de l'apparence? Après la chirurgie plastique (qualifiée à tort d'esthétique), voilà un champ de compétence qui permettrait de configurer de nouveaux établissements dont la vocation serait de modifier les apparences, depuis la chirurgie jusqu'au tatouage, établissements qui tireraient leur légitimité de ses professionnels, titulaires d'un doctorat de médecine...
Alors, les dermatologues à l'assaut des bodmods? Les implants conventionnés? Les scarifications médicalisées? Sans oublier le discours du psychiatre pour rationaliser toutes ces interventions au nom de la souffrance des patients ainsi institués?
Il y a beaucoup de confusions à vouloir entrer dans le domaine de la pathologie des actes qui s'inscrivent dans un ensemble de pratiques culturelles de construction et d'affirmation de soi. Le discours médical et les pratiques qu'il justifie génèrent une normalisation des apparences. Les affirmations comme "je ne suis pas contre le tatouage ou le piercing" se prolongent toujours par un "mais". Le "mais" médical est-il plus légitime que celui des artisans de la chair qui dénoncent depuis longtemps les marchands de piercing surfant sur la vague de la mode pour inciser à la chaîne?
Par ailleurs, même si – dans le reportage – le psychiatre distingue clairement une scarification produite dans un salon de modification corporelle par un professionnel de la chair, d'une auto-mutilation produite dans l'intimité par une personne en souffrance, le montage induit une vision angoissante des pratiques de transformation de l'apparence. D'ailleurs les termes qu'il emploie sont confus, tout psychiatre qu'il soit: une scarification n'est pas une auto-mutilation. Parler d'auto-mutilation, c'est caractériser un acte qui est tourné contre soi. Réaliser une scarification (je parle des scarifications contemporaines librement choisies par opposition aux scarifications traditionnelles imposées aux membres d'un groupe), c'est produire un acte qui s'inscrit dans la construction de soi.
Enfin (pour le
moment), l'interprétation psychanalytique du reportage est assez amusante. Les
implants, les tatouages (un peu trop voyants et aux motifs s'éloignant du
coeur, de la rose ou du dauphin) seraient des outils pour éloigner autrui, le
tenir à distance, lui faire peur, parce que les individus ainsi ornés auraient
peur eux-mêmes. Et s'ils n'avaient pas peur? Et si c'était une manière de dire,
par exemple (mais là je ne voudrais pas aller trop loin dans mon
interprétation), j'emmerde les psychiatres, les curés, les profs, les banquiers
et les ministres? et si c'était une manière de se construire selon des modèles
de l'apparence qui transgressent les normes établies? et si ça n'avait pas
d'autre signification que de simplement jouer de et avec son corps? et si ça
pouvait se situer du côté du désir?
L'interprétation d'une conduite suppose une connaissance fine de la personne qui adopte cette conduite. Un psychiatre, pas plus qu'un médecin, ne peut attribuer un sens générique à l'usage d'implants, de tatouages (quoique ceux qui figurent des dragons, ça fait quand même un peu peur), de scarifications, de piercings. Sauf à projeter ses propres normes, ses propres préjugés sur la question, ce qui se fait allègrement dans ce reportage "Body-Art: Le corps transformé", au nom du savoir médical.
Pour prolonger la réflexion:
deux articles de la revue Quasimodo:
• Le poinçon, la lame et le feu: la chair ciselée
• David Le Breton, La Peau et la Trace. Sur les blessures de soi, Éditions Métailié, 2003
• David Le Breton, L'adieu au corps, Éditions Métailié, 1999
• Stéphanie Heuzé (dir.) "Changer le corps ?", Editions la Musardine, 2000
mercredi 14 décembre 2005
Par PHL le mercredi 14 décembre 2005, 15:52 - Bibliographie - textes
le texte de l'article paru dans la revue Quasimodo n°5 (Art à contre-corps) sur le travail artistique de l'artiste performer américain Bob Flanagan, "supermasochist" et sur ses implications politiques.