anthropologie, corps, sexe, culture par philippe liotard - anthropo-body.com

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Tag - normes sexuelles

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lundi 19 octobre 2009

Corps transformé corps autogéré: débat autour de la question trans. Depuis Montpellier. Seconde journée.

Intitulées "Regards croisés sur le genre", les secondes Assises du Corps transformé se sont tenues les 16 et 17 octobre 2009. Il s'agissait d'un colloque qui a eu le mérite de permettre l'expression de certain-e-s expert-e-s français-e-s du transsexualimse, confrontés à des chercheurs et chercheuses interrogeant des réalités proches et à des actrices et des acteurs de la transidentité. Ces Assises ont été quasiment essentiellement consacrées à la question trans, et plus particulièrement à celle du changement de sexe. Des approches historiques, juridiques, cliniques, psychanalytiques, sociologiques ont ainsi été confrontées et croisées avec des analyses produites par des femmes ayant réalisé le parcours transidentitaire.

Après la seconde journée (du 17 octobre 2009) voici de nouvelles impressions. Des actes seront publiés qui donneront l'intégralité des communications. Pour l'instant, il s'agit plutôt d'un compte-rendu qui exprime mon regard sur ce qui s'est joué durant ces deux journées. Pour la première, (du 16 octobre 2009), j'avais tenté de repérer les tensions, de saisir le jeu des réactions de la salle face aux exposés, mais aussi de percevoir ce qui, dans les propos des experts, pouvait être gênant, voire choquant pour les actrices et les acteurs des transformations corporelles liées à la transidentité.

La seconde journée des Assises promettait des échanges plus tendus ou, tout au moins, portant sur les enjeux sociaux, politiques et éthiques de ces transformations. Il faut dire qu'elle a tenu ses promesses.

C'est François Vialla, juriste, co-organisateur des Assises qui ouvre la journée. Pendant qu'il s'adresse à l'assistance et avant que les premiers intervenants ne prennent la parole, Colette Chiland porte à la tribune un tract distribué le matin même à l'entrée de la Fac de droit par PinkFreak’X qui a organisé en parallèle les ''Assises des Corps autogérés''. Le tract est intitulé Faux experts/Vrais menteurs et s'en prend explicitement aux premiers conférenciers de la matinée, à qui Colette Chiland a porté le document, et à la dernière intervenante de cette même matinée, Colette Chiland elle-même. La matinée commence donc par l'interpellation indirecte mais intrusive et ciblée des « spécialistes » par les « militants ».

L'équipe qui prend la parole est composée d'un psychiatre (Bernard Cordier), d'une endocrinologue (Catherine Brémont Weil), et d'un chirurgien plasticien Marc Revol. cette équipe intervient à l'hôpital Cochin, à Paris où sont réalisées 25 opérations de changement de sexe par an. Le débat est lancé.

C'est le psychiatre, Bernard Cordier qui prend la parole et qui la distribue à ses deux collègues. Il commence: «Vous avez devant vous le gang des faux experts dont le plus malfaisant est votre serviteur qui exerce la tâche stigmatisante de psychiatre». Il présente l'équipe de la manière suivante: «Nous sommes une équipe qui travaille sur l’énigme du transsexualisme». Pour sa collègue, l'endocrinologue Catherine Brémont Weil, c'est «une pratique dont nous n’avons pas à rougir», car elle répond à la demande d'une «population souffrante». Selon elle, qui dit «suivre le corps de 800 patients», «le transsexualisme est subi et non pas choisi». Elle souligne qu'elle produit des prescriptions hors AMM (autorisation de mise sur le marché), ce qui engage totalement la responsabilité des médecins de l'équipe et la sienne propre. Le plasticien Marc Revol intervient à son tour pour indiquer qu'il ne fait pas «des transformations chirurgicales, mais des confirmations de genre.» Ce qui est problématique pour le chirurgien dans ce genre d'intervention, c'est qu'il ne s'agit pas d'une chirurgie du désordre qui aurait à ôter une tumeur par exemple. Il n'y a au contraire aucune anomalie. Marc Revol se pose en technicien du corps et dit faire «une grande confiance au psychiatre … pour éliminer les contre-indications» et pour donner des avis sur les modalités de la transformation. La position de praticien est rappelée. La pratique de l'équipe de l’hôpital Cochin est, à ce titre observée par le Centre d'éthique clinique de l’hôpital cochin, du point de vue des décisions qu'elle peut prendre en matière de transformation hormono-chirurgicale.

Dans ce dispositif, on constate la place prédominante accordée au psychiatre, les autres intervenants étant subordonnés à son diagnostic. Il affirme ne pas adresser l’ensemble des patients qu'il reçoit en consultation au professeur Revol et à madame Bremont, 10% souffrant selon lui d’une autre pathologie. Car, pour lui, le désir de devenir autre et de passer pour cela par une intervention chirurgicale, traduit nécessairement une pathologie, même s'il nuance en disant qu'«en terme de maladie mentale, c’est assez léger».

Oui, le débat paraît lancé en ce début de seconde journée, notamment celui sur la psychiatrisation de la transidentité, relancé par Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la Santé, de la Jeunesse et des sports, qui a annoncé le 16 mai 2009 la «déclassification de la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée». La parole est à la salle pour une série de questions. La présence dans l'amphithéâtre de nombreuses personnes ayant vécu tout ou partie du processus de transformation identitaire pour lequel officie l'équipe médicale qui vient de s'exprimer augure d'un débat serré.

Le débat n'aura pas lieu. Pas vraiment, je veux dire pas à la hauteur des enjeux ni à celle des questions ouvertes par l'équipe médicale. Il n'aura pas lieu pour des raisons de configuration situant la prise et la circulation de la parole au sein d'un rapport de force. La manifestation de l’autorité universitaire s'est exprimée par la voix de François Vialla chargé de modérer le débat. La manière dont il va l'ouvrir va exercer une violence symbolique sur l'assistance.

«Je serai plus draconien que le professeur Mateu, hier» commence-t-il. «Quand on pose une question On ne refait pas une conférence, je vous demande de formuler votre question avec précision et concision. Nous sommes dans une faculté de droit. Précision et concision du verbe. J’y veillerai.» Cette intervention n'est pas sans conséquence sur les interactions qui vont suivre. D'abord, il est évident que les personnes non habituées à l'échange universitaire, celles qui, précisément, ne maîtrisent pas le verbe, celles qui n'ont ni l'habitude de le manier comme la faculté de droit l'enseigne, ni même simplement de prendre la parole publiquement, se retrouvent dans une situation difficile. La violence symbolique du dispositif de circulation de la parole s'exerce à plein. Dès la première question, le psychiatre Cordier, visiblement agacé à la tribune, coupe une personne qui pose deux question: «Excusez-moi, il y a quatre questions derrière». Il ne répond pas à la seconde, indiquant que Colette Chiland le fera en fin de matinée, indiquant en cela une capacité de visionnaire que les propos de Colette Chiland contrediront. Les questions suivantes seront brèves. Le débat n'a pas eu lieu. Pas encore

Anne-Gaëlle Duvochel, membre du GEsT (Groupe d'Etude sur la Transidentité) intervient sur la double question de la psychiatrisation et de la médicalisation. Elle souligne le fait que l'équipe médicale qui vient de s'exprimer était sur la défensive. Ce simple constat indique la difficulté de dialoguer. Il indique la difficulté de la rencontre et de la prise en compte des différents points de vue. Malgré la bonne volonté, malgré le désir de bien faire. Les individus impliqués (du côté du désir de soin ou du côté du désir de construction de soi) réagissent avec leurs tripes autour de ce que le corps transformé signifie pour eux: une prestation technique ou une étape vers la reconnaissance de soi par autrui. Anne-Gaëlle Duvochel exprime pourtant bien le fait que les personnes ne sont pas en cause, mais bien plutôt qu'une personne qui veut aller vers la transsexualité, est aux mains du système, un système au sein duquel la chirurgie est au centre. C'est parce que le processus de changement d'identité suppose que soit portée atteinte à un corps sain que le système de diagnostic psychiatrique et de prise en charge médical est élaboré. L'opération est ainsi conçue comme un label de détermination dans le changement d'identité, label nécessaire à ce que le juge consacre un parcours médical en autorisant la reconnaissance de ce changement par l’état-civil.

La question qui se pose désormais à la médecine est la suivante: Que va-t-on faire du transsexualisme, maintenant que ça n’est pas une maladie ? L’intervention d’Anne-Gaëlle Duvochel situe l’opposition, le conflit, voire l’affrontement entre les protagonistes de ces Assises du Corps transformé. La psychiatrie constitue le sésame vers le changement de sexe, ce qui constitue une «réponse folle à demande folle» selon Colette Chiland.

Il se passe quelque chose durant ces Assises. La rencontre a lieu mais le débat ne parvient pas à se construire. Trop d'émotion interdit au savoir de s'exprimer.

Ce qui se passe va s'exprimer en partie durant l'intervention suivante introduite par François Vialla. En présentant l'intervention de Michel Levinet (qui vient de co-diriger ''Les grands arrêts de la Cour européenne des Droits de l'Homme'') François Vialla crée la rupture avec l'intervention précédente d'une actrice de la transidentité. Michel Levinet est ainsi présenté comme celui qui, a contrario, va porter sur la question transidentitaire «le regard froid et objectif» du juriste.

Alors, quel est ce regard? Pour répondre à cette question, il faut distinguer l'intérêt de l'analyse qu'a livrée Levinet des arrêts de la Cour européenne des Droits de l'Homme de son attitude. L'analyse des arrêts participe au débat sur la manière dont les sociétés voient la question trans. En revanche, l'attitude adoptée, faite de provocation et de jugements de valeurs glissés au détour d'un commentaire a conduit certaines participantes à quitter la salle. Mais c'est à un autre niveau que son intervention est intéressante: celui de l'objectivité du savoir, et, en l'occurrence, de l'objectivité du droit. Le juriste peut-il revendiquer un «regard froid et objectif»?

D'emblée, il affirme ne pas parler «sous le contrôle des militants», dénonce des «propos simplificateurs», stigmatise une «revendication polémique» qu'il associe aux revendications homosxuelles ou sadomasochistes. Après les interpellations de la salle: «je suis à l’Université, je dis ce que je veux». S'appuyer sur la liberté que l'Université peut garantir à l'intelligence constitue un bel exemple de rhétorique. Levinet, à l'évidence, adopte une position agressive, alors que les médecins s'étaient placés sur la défensive. Pourtant, ce qu'il dit est loin d'être inintéressant (et sera d'ailleurs repris et discuté en partie par François Viallat et Marie-France Bureau l'après-midi, qui exposeront à leur tour une autre vision du droit).

Ses propos permettent de saisir les conséquences de la sollicitation du droit (et plus particulièrement de la Cour européenne des Droits de l'Homme) après celle de la médecine par les personnes engagées dans un processus de transformation identitaire de genre. Il présente les interrogations juridiques considérables de telles démarches. «Tous les juges sont des créateurs de droit par la jurisprudence. C’est la lecture que va faire le juge de la Convention européenne des droits de l’homme qui va permettre le succès de la sollicitation de la Cour par les transsexuel-le-s ». Il montre notamment comment les lectures récentes affirment le droit de la non-discrimination, de l’épanouissement personnel… le droit de chacun, en tant que droit de l’homme à vivre selon le sexe désiré. La Cour européenne des droits de l’homme doit répondre à un triple défi sous l’effet de ces sollicitations. D'abord, elle doit (ou elle a dû) se prononcer à un niveau étiologique interrogeant la nature-même du transsexualisme. Ensuite, elle doit se positionner pour savoir ce qu'il en est de l'état-civil, notamment pour savoir s'il n'y a pas d'infraction à la vie privée. Levinet constate une évolution de la définition de la notion de sexe sous l’effet de ces sollicitations. Enfin, le troisième défi consiste à se prononcer, en cas de refus, sur l'atteinte à d'autres droits, comme celui de se marier, d'avoir des enfants... L'analyse et la compréhension des arrêts de la Cour européenne est donc incontournable. Levinet a alors fait une nouvelle remarque, passée inaperçue, mais dont l'importance est grande, du point de vue du «regard froid et objectif» du juriste.

Lors d'un commentaire des arrêts, il dit: «Pour faire plaisir, on va utiliser un terme neutre, mais ça ne changera rien à mon point de vue». Or, on n’utilise pas un terme neutre, en tant que spécialiste du droit européen, à la tribune d'un colloque «pour faire plaisir», surtout quand on a été présenté comme un représentant du « regard froid et objectif » du droit. Levinet a d'ailleurs lui-même rejeté ce regard «froid et objectif» en indiquant que «c’est la lecture que va faire le juge de ce texte qui va permettre le succès de la sollicitation de la cour». S’il y a lecture, il y a interprétation. S’il y a interprétation, il y a subjectivité. Plus tard, Levinet : «Vous savez, il faut lire les arrêts, le vocabulaire n’est pas innocent, il n’est pas anodin». Et bien justement, le vocabulaire n’est pas innocent, il n'est pas anodin. il importe d'autant plus qu'il ne soit pas choisi pour «faire plaisir».

Après avoir commenté quelques arrêts, Levinet déplore que «la convention s’intéresse à l’évolution des mentalités» et interroge: «mais comment peut-on la mesurer cette évolution?» Je ne sais pas comment la Cour européenne évalue l'évolution des moeurs, mais ce que je comprends, c'est que les arrêts rendus traduisent une lecture nécessairement subjective de la Convention européenne des droits de l'homme et que cette subjectivité évolue en fonction des transformations sociales. Dans un même cadre, il est donc possible de lire les choses différemment. La question du droit et de la prise en compte par le droit de nouvelles réalités sociales se pose à deux niveaux : d’abord à celui de l’évolution de l’interprétation au sein du cadre juridique mais aussi au niveau de l’évolution de ce cadre. Pour l'heure, il semblerait que les arrêts rendus à la Cour européenne aille, en matière de transsexualité dans le sens de la volonté des personnes «nouvelle religion de nos sociétés» selon Levinet.

La question qui se pose alors est dans l’armement de la subjectivité des juges, dans la manière de leur donner des outils de compréhension permettant de guider le jugement. Ce qui se joue devant la Cour européenne, c'est aussi ce qui se joue dans l'amphithéâtre des Assises du corps transformé, à un autre niveau: le Conflit des subjectivités, avec d'un côté des subjectivités institutionnelles (ou plutôt des subjectivités qui s'expriment au nom de l'objectivité des institutions) et de l'autre les subjectivités singulières, elles-mêmes orientées par des combats collectifs. La question posée est celle de la légitimité de ces subjectivités. Celle des demandeurs d'une aide pour leur transformation est rejetée du côté de l’imaginaire (terme utilisé pour noter le caractère illusoire de la demande), du côté de «la subjectivité pure et simple des intéressés». Mais les juges ne disent-ils pas le droit par rapport à leurs propres imaginaires du juste?

La psychanalyste Françoise Wilder note d'ailleurs fort bien comment le fait de parler de ce sujet (la transformation du corps du point de vue de l'identité de sexe), c’est en devenir l’expert, si personne d’autre n’en parle. Elle plaide pour la prise en compte des différents points de vue plutôt que pour l'affirmation de certains d'entre eux qui, bardés de références scientifiques, s'accordent une importance supérieure à celui des transsexuels, élaboré à partir d'une expérience singulière.

Dans la foulée, Colette Chilland note qu'il est nécessairement «difficile d’entendre parler à la troisième personne d’une réalité que l’on vit à la première personne» (ce qui ne l'empêche pas de le faire). Et pourtant la difficulté de l'échange se situe dans ce constat. Qui parle? Pour qui? et au nom de quoi? Telles pourrait être résumées les grandes questions posées par ces Assises. D'autant que se construit, par rapport à la posture, par rapport à l'énonciation (à la première ou à la troisième personne) une opposition identitaire. Les "nous" s'opposent au "eux" et aux "elles" qu'il s'agisse du "nous" militant ou du "nous" savant. Colette Chiland l'illustre quand elle dit: «le dialogue est difficile, voire impossible, avec les militants activistes. Et nous le déplorons.» Pendant l’intervention de Colette Chiland le mégaphone de PinkFreak’X se fait entendre. D’où je suis, je ne comprends pas les slogans. Mais j’entends la sirène qu’ils activent. Le bruit est perceptible au moment même où Colette Chiland déplorait l’impossibilité du dialogue avec les «militants activistes». Ce qui est intéressant dans son discours, c'est cette répartition en trois catégories. La première qui n'est pas nommée mais qui est celle dans laquelle elle se situe, la seconde est celle des patients (qui seraient les personnes ne posant pas de problème et qui se conforment à la prise en charge médicale) et puis, dernière catégorie, celle des militants, ces militants qui «veulent être considérés comme des variations de la norme» et non pas comme des malades.

L'après-midi Marie-France Burreau défendra du point de vue juridique le Droit à l’autodétermination, après que Camille Bernard, du GEsT, aura montré dans une intervention alliant rigueur de l'analyse et émotion issue de l'expérience que les actrices et les acteurs de ces transformations ont tout à fait leur place dans le débat et peuvent y échanger à armes théoriques égales.

Finalement, le débat a été posé.

D'abord, sur la place du droit dans la société et sur sa fonction sociale, notamment dans la prise en compte des nouvelles réalités Ensuite, au plan du savoir, entre le savoir constitué sur les transsexuels et le savoir élaboré par les actrices et les acteurs. Enfin, au plan politique, entre l’auto-détermination des acteurs et des actrices et l’imposition des cadres juridiques, administratifs et politiques de la normalité.

Pour prolonger le débat:

Un portail français sur la transsexualité qui renvoie vers de nombreuses associations françaises

Un texte de Tom Reucher sur les Trans comme experts

Un article d'Hélène Hazera dans Yagg: "Trans’: retour sur un week-end de colloque et de contre-colloque à Montpellier"

mardi 6 octobre 2009

Le Viol comme thérapie ? Viol et meurtre d'une footballeuse lesbienne en Afrique du Sud

La publication de deux articles sur le site e-llico indique comment la violence la plus abjecte peut se justifier au nom d'un projet redresseur. Il s'agit en l'occurrence de violer des lesbiennes, si possible en réunion, pour les corriger, au double sens du terme: d'abord les punir, et, par cette punition, les remettre dans le droit chemin de la normalité sexuelle.

Le premier article rend compte de la condamnation à la prison à vie d'un jeune Sud-Africain pour le viol et le meurtre d'une activiste homosexuelle connue également pour avoir entraîné les femmes de l'équipe nationale de football sud-africaine. Pour le juge, l'homosexualité de la jeune femme a constitué un élément déclencheur du viol puis du meurtre.

Le second article, publié quelques mois plus tôt, rapporte la pratique de viols collectifs produits à l'encontre de lesbiennes dans le but de les "guérir".

Les pratiques dont il est question montrent comment le viol fonctionne comme thérapie, comme outil de réparation de l'anormalité sexuelle. Cette attitude indique plusieurs choses. D'abord que l'homosexualité (celle des femmes dans ce cas de figure) est considérée comme une maladie et qu'elle peut être traitée par la violence.

D'abord, une violence symbolique s'exerce par la désignation de l'anormalité, de la monstruosité des lesbiennes, situées du côté du mal. Elle se poursuit par la croyance en une déviance et en son corollaire: la possibilité de rectifier la déviance.

C'est cette croyance qui génère la second volet de la violence, physique cette fois, par les coups, les viols, les meurtres, guidés par la haine de l'autre, de celles qui n'aiment pas comme tout le monde. Cette violence exercée par les hommes vient aussi de la haine pour ces femmes qui leur échappent, ces femmes dont le désir est tourné ailleurs.

Le discours correcteur fonctionne comme rationalisation morale. Après avoir violé, il est difficile de se trouver des circonstances atténuantes. Indiquer que les lesbiennes qui en ont été victimes l'ont été "pour leur bien", situe le discours des criminels du côté éducatif (au même titre qu'un parent qui gifle son enfant, qu'un enseignant qui punit un élève...). Si ce discours peut être entendu (peut-être pas devant un tribunal, mais au moins au niveau du sens commun), c'est qu'il s'appuie sur des imaginaires et des significations partagées qui vont rendre le crime acceptable.

Les lesbiennes ne sont pas des femmes, pas des "vraies" femmes. Voilà ce que l'on pourrait conclure de ces viols. En les violant, les violeurs en font des femmes et ils s'affirment comme de "vrais" mecs.

De vrais mecs qui peuvent prendre perpèt.

pour prolonger le débat:

un article du blog du Monde diplomatique: "Homosexuels : cibles émouvantes, boucs émissaires", sur l'homophobie en Afrique, et plus particulièrement au Sénégal, en Ouganda, en Afrique du Sud...

Sport, racisme, homophobie... petite chronique de l'aversion ordinaire

Le week-end dernier (4 octobre 2009), une équipe de football a refusé de jouer contre le Paris-Foot Gay, au nom de ses convictions. L'affaire a été rapportée jusque sur le site du quotidien l'Equipe, pourtant peu intéressé par les réalités sportives ordinaires. Ce refus de jouer s'est produit trois semaines après un débat sur l'homophobie dans le sport organisé le 13 septembre à Paris à l'initiative de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne.

Les faits relèvent d’une réalité sportive ordinaire. Il ne s'agit pas de sport de haut niveau, de football spectacle où les propos et les banderoles homophobes ne paraissent choquer personne et, au contraire, participer à une sorte de culture de l’humiliation. Il est ainsi possible de tendre dans les tribunes d’un club professionnel une bannière sur laquelle peut se lire : "K., on n'est pas raciste, la preuve on t'encule" exhibée lors d'un match de Ligue 2 de football.

Kebe-Bastia

Il s’agit d’une homophobie banale qui se traduit par le simple refus de jouer avec... Mais avec qui au fait ? Avec des joueurs présumés homosexuels. Tout cela en raison du nom du club, Paris Foot Gay… Peut-on pourtant seulement imaginer une telle attitude vis-à-vis d’un club appelé USJO des Arméniens de Valence, ou AS Algérienne ? Peut-on projeter les conséquences d’une telle décision si les Musulmans Bosniaques de Mostar refusaient de jouer contre l’Union Sportive Serbe de la ville ? A n’en pas douter cela indiquerait de graves tensions résultant de la guerre encore proche en ex-Yougoslavie. Mais là, à Paris, lors d’une rencontre entre clubs amateurs, sans enjeu sportif, que signifie ce refus de jouer avec ?

Plus particulièrement, que signifie jouer « avec des pédés » ? ou plutôt « contre des pédés » ? Parce que le « jouer avec », à vrai dire, personne ne peut jurer que ça ne lui est jamais arrivé… tant l’homosexualité reste secrète dans les sports collectifs pratiqués par des hommes. Que signifie ce refus de jouer avec des personnes dont il est imaginé – par ceux qui ont produit ce refus – qu’elles ne sont pas comme « nous » ? Car cette affaire est bien une affaire de « nous », une affaire d’identité et non pas une affaire d’intimité.

A l’évidence, aucun autre refus n’aurait pu être ne serait-ce qu’imaginable. Refuser de jouer contre une équipe lyonnaise quand on est stéphanois ? contre une équipe d’une cité HLM quand on vient d’un village résidentiel ? contre le Gazelec quand on est des PTT ? Cela ne tient pas. Et c’est précisément parce que cela ne tient pas que cette affaire est exemplaire.

Refuser de jouer contre une équipe parce qu’on suppose qu’elle est composée d’homosexuels et essentiellement d’homosexuels (ce qui n’est pas le cas), et argumenter ce refus au nom de convictions religieuses, voilà un véritable analyseur des réalités sociales. C'est à cette analyse que participent les réflexions qui suivent.

Que révèle ce refus de jouer un match de football amateur ?

Pour y répondre, j’ai parcouru les commentaires laissés en ligne après les articles de Libération, du Monde, du Figaro, de L’équipe. Il est déjà aisé de constater que cette information de peu d’importance a priori (il s’agit d’un match de football amateur, de ce football amateur dont on ne parle jamais) est la plus commentée de la semaine. Au matin du 8 octobre 2009, on compte dans Libération, 741 commentaires (le second article le plus commenté en compte 360) ; dans le Figaro, 176 commentaires (le second en compte 117) ; dans le Monde 84 commentaires, dans l’Equipe 202 commentaires (troisième article le plus commenté). En l’absence d’une analyse approfondie, je m’en tiendrai à trois réflexions :

Ces réactions expriment d’abord la capacité à réagir sans savoir de quoi il est question. La méconnaissance est au fondement de la plupart d’entre elles. Ceci est très intéressant car il est alors possible de comprendre comment se posent les questions et sur quoi s’établissent les jugements de valeurs spontanés.

La seconde chose que l’on peut lire de ces réactions spontanées, c’est le rapport à la norme qu’elles expriment. La notion de communautarisme fonctionne alors comme révélateur d’un ordre social par rapport auquel se situent de nombreuses contributions.

Enfin, après la méconnaissance et le rapport à la norme, de nombreuses réactions expriment une aversion ordinaire à l’égard de groupes sociaux discriminés. Racisme et homophobie se rejoignent ainsi dans des commentaires qui hiérarchisent les haines et les peurs de l’autre. Du refus de jouer contre une équipe dont l’appellation évoque une orientation sexuelle non conforme, les commentaires glissent vers un affrontement communautaire résumé par les titres « Musulmans contre Gays ».

1 - De la méconnaissance

Le premier élément de méconnaissance se traduit par la surprise d’apprendre qu’il existe un club appelé Paris Foot GAY. Cette surprise se prolonge autour de l’idée qu’il existe un club composé de Musulmans pratiquants. De celui-ci je ne parlerai pas n’ayant pas d’informations précises. Il arrive parfois que suive une litanie d’imbécillités demandant « pourquoi pas une équipe de blondes, de moustachus,… »

Oui, il existe un club appelé Paris-Foot Gay, créé en 2003 dans un but militant qui consiste précisément à lutter contre l’homophobie dans le football, à dénoncer les discriminations (d’autant plus efficaces qu’elles sont souvent discrètes, voire secrètes contrairement à ce qui vient d’être rapporté). Je n’en dirai pas plus, ce club possède un site expliquant son projet.

Mais il existe aussi une Fédération Sportive Gaie et Lesbienne (FSGL), il existe des Gay Games réunissant tous les quatre ans plusieurs milliers d’athlètes…

Ah bon ? mais pourquoi ?

Pourquoi, alors qu’« ils » revendiquent le respect, qu’« ils » combattent la discriminations se marginalisent-« ils » « eux »-mêmes (« ils » et « eux » étant à comprendre comme « les gays ») ? Voilà une des questions qui se retrouve dans les commentaires. Et s’« ils » se marginalisent, « ils » ne récoltent que ce qu’« ils » ont semé. En voici une conclusion simpliste. Simpliste mais logique… Logique simplifiée par la méconnaissance.

Encore une fois, il suffit de prendre le temps de consulter les sites de la FSGL ou de la Fédération des Gay Games pour saisir le projet et comprendre qu’il ne s’agit pas de repli sur soi, que les clubs comme les manifestations sont ouverts à toutes et à tous. Il suffit de se renseigner pour s’apercevoir que les valeurs défendues sont l’inclusion, la participation et le fait de donner le meilleur de soi, que finalement, ce qui compte dans ces structures, c’est le désir de jouer ensemble, c’est le respect des autres et de leurs différences. Il suffit aussi de lire Sport et homosexualités, le petit bouquin que j’ai dirigé pour en savoir plus sur le mouvement sportif homosexuel et l’homophobie et dont vous pouvez lire l'introduction.

Quoiqu’il en soit, la méconnaissance est révélatrice de ce qui fait réagir : la question identitaire, la question de l’ordre social, la question aussi du vivre ensemble.

2 – Communautarisme

Après le refus de jouer, l'affaire pourrait en rester là. Là, c'est-à-dire à une plainte devant la HALDE pour discrimination, c'est-à-dire pour un traitement différencié en raison d'une caractéristique tombant sous le coup de la loi, ici, en l'occurrence, l'orientation sexuelle. Mais les choses se compliquent car l'équipe qui a refusé de jouer contre le Paris-Foot Gay est une équipe qualifiée (par la presse et ses commentateurs) de « communautaire », composée de joueurs musulmans se déclarant pratiquants.

L'acte homophobe caractérisé (il n'est pas question ici de le nier, au contraire) est-il plus grave s'il est produit par une équipe de Musulmans? s'il est justifié par des convictions religieuses? L'aversion pour les homosexuels est-elle plus profonde en ce cas?

La démonstration d'une homophobie ordinaire dans le sport se transforme en stigmatisation des Musulmans et des équipes qualifiées de « communautaires » et paraît soulever une peur (l’islamophobie) bien plus forte que l’homophobie. Les commentaires indiquent comment s'est produit un glissement, depuis la dénonciation légitime de l'homophobie vers le racisme à l'égard des Musulmans. Le titre des articles construit une opposition entre groupes « Musulmans, ils refusent de jouer contre une équipe gay » (le Figaro), « Un club musulman refuse de jouer contre le Paris Foot Gay » (Le Monde)... Ce qui reste de l’information première est celle-ci : des musulmans refusent de jouer contre des homosexuels. D’où le glissement vers les dangers de l’Islam, vers la stigmatisation (souvent haineuse) des Musulmans.

Le racisme prend le pas sur l’homophobie.

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Certes, sur la quantité de commentaires, il y en a de nombreux qui déplorent tout rejet de l’autre, qui dénoncent les discriminations dont sont victimes les musulmans comme les homosexuels. Mais l’impression qui s’en dégage se situe du côté d’une hiérarchisation des rejets. Et surtout d’une incantation lancinante au « repli communautaire », ce repli qui semble tellement inquiéter celles et ceux qui n’ont pas besoin de se replier, tant ils occupent la scène de la domination sociale, politique, économique, voire culturelle. Cette vision «communautariste » du monde, cette incantation qui revient, de façon lancinante, à chaque fois qu’un groupe social dominé s’organise en propre, atteste de l’aveuglement devant les conditions qui rendent nécessaire (parfois même pour des raisons de sécurité) cette organisation. Jouer entre soi, c’est aussi se protéger des autres. Cacher son homosexualité au sein d’une équipe de football, c’est se préserver. D’où la création du Paris Foot Gay.

3 – Aversion ordinaire

Cette information vouée à l’invisibilité (un match de football, ne relevant même pas de la Fédération Française de Football, n’a pas eu lieu) se transforme ainsi en un indicateur des seuils sociaux de tolérance à l’égard de l’expression de la haine. Les insultes à caractère communautaire n’ont pas toutes le même poids. « Sale arabe », « sale juif », « sale nègre » constituent des propos aujourd’hui indéfendables, contrairement à « sale pédé », « sale gouine » ou « salope » (qui pourrait se traduire par « sale femme »)...

Elle atteste aussi de la manière dont la rencontre avec l’autre, même sur un terrain de jeu, est difficile. C’est une aversion ordinaire qui est à l’origine de tout ça. En tant que telle, il importait de la relever. Il ne s’agit pas d’un appel au meurtre. Il s’agit juste de l’impossibilité de rencontrer l’autre, simplement parce qu’il est autre. Cette aversion ordinaire se charge de toutes les angoisses, de toutes les peurs, de toutes les incompréhensions, mais aussi de toutes les certitudes sur ce que doit être un homme, un vrai. La religion prescrit, bien sûr, mais dans les commentaires homophobes qui ont accompagné l’information, bien peu argumentent à partir de références religieuses.

Ce qui précède rappelle la valeur du sport pour analyser le social. Et ceci, précisément parce que le sport est paré de vertus. Les commentaires qui déplorent le refus de jouer le font au nom de ce que « devrait » être le sport. Cet idéal intériorisé d’une pratique respectueuse de soi et d’autrui, d’une pratique « rapprochant » les individus, etc. Or, ce qui s’est produit dans cette histoire, c’est que l’on a aussi eu affaire à une des conséquences du sport : l’opposition entre groupes. Dès lors que s’institue un match : deux camps se délimitent. Il est alors possible que les croyances, les stratégies identitaires, les sentiments d’appartenance se fassent plus fort que le jeu, ou plutôt soient exacerbés par le jeu qui impose de jouer contre. Si l’on en croit les dernières informations, le match pourrait se rejouer.

Et si, au lieu de s’affronter, les deux équipes n’en formaient plus qu’une, répartissant leurs joueurs de façon aléatoire pour jouer véritablement ensemble ?

pour prolonger le débat:

un article de Clémentine Blézeau pour Yagg

un article de Didier Lestrade pour Minorités

un article d'Arlindo Constantino sur le communautarisme pour Minorités

mercredi 14 décembre 2005

SM - Bob Flanagan : Ça fait du bien là où ça fait mal - TEXTE INTEGRAL

le texte de l'article paru dans la revue Quasimodo n°5 (Art à contre-corps) sur le travail artistique de l'artiste performer américain Bob Flanagan, "supermasochist" et sur ses implications politiques.

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