Dans Le Monde
diplomatique d'octobre 2009, Serge Halimi signe un long article intitulé
"Notre
combat".
Il situe les enjeux de la presse indépendante dans une démocratie, à l'heure où ce qui est présenté comme de l'information est distribué gratuitement matin et soir aux entrées de métro et dans les gares. L'analyse des tendances actuelles est convaincante, y compris, et surtout, dans le rapport de la presse écrite à Internet et à la publicité. En clair, dans le modèle actuel, toute information rendue accessible par un quotidien ou un hebdomadaire, mais aussi par le Monde diplomatique, l'est uniquement parce que des lecteurs ont acheté un exemplaire en kiosque ou souscrit un abonnement. Le papier vendu autorise économiquement la mise en ligne.
Pour continuer à vivre au niveau d'exigence qui est le sien, Serge Halimi, rédacteur en Chef du Diplo (comme les habitués nomment le journal) ne se contente pas de décrire une situation et de l'inscrire dans une tendance lourde. "La question qui nous est collectivement posée est simple, écrit-il : qui d’autre que nous va continuer à financer un journalisme d’intérêt général ouvert sur le monde?» A le lire, on peut s'interroger sur la constitution de ce nous? Est-ce les journalistes du journal? Sans doute, mais pas seulement.
Dans ce "nous", Halimi associe bien sûr l'association des Amis du Monde diplomatique. Actionnaire à hauteur de 25% du capital de la société Le Monde diplomatique SA, l'association des Amis du Diplo constituée de lectrices et de lecteurs participe ainsi à l'indépendance du journal. Mais il associe également les kiosquiers qui exposent, voire réclament le journal, les enseignants qui font connaître le journal à leurs élèves et qui réfèrent aux documents annexes (Manière de voir, l'Atlas...), la presse alternative qui tire profit des informations produites par le Monde diplomatique… et bien sûr tous les lecteurs et les lectrices pas pressés, préférant le recul de l'analyse à la course au scoop, ou plutôt la mise en question des scoops successifs par un article réalisé grâce à un travail dans la durée.
La conclusion de l'article de Serge Halimi est militante. Elle expose un moyen simple de garantir l'Indépendance éditoriale du journal, de perpétuer la rigueur de l'analyse qu'il défend: aider le journal grâce à un don.
Par son appel au don des lecteurs, Serge Halimi va bien au-delà d'un appel à soutenir "son" journal. Il exprime un combat pour des valeurs dans lequel les modalités de la liberté relèvent de l'engagement de chacun, la garantie de la pluralité se construit dans un geste désintéressé (bénéficiant certes de la nouvelle loi sur la presse permettant de défiscaliser le don), le débat démocratique est rendu possible par la contribution des lecteurs aux moyens de production d'une publication affranchie des grands groupes marchands pour qui l'information est toujours associée à quelque chose à vendre.
Par cette initiative, Halimi rappelle la possibilité de s'engager dan un journalisme antiutilitariste (au sens du MAUSS, le Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) mais bien utile à la vie de la pensée et nécessaire au débat démocratique. C'est la raison pour laquelle il s'agit bien de "notre" combat.
Pour prolonger la discussion:
une critique de la soirée d'Arte du 11 février 2010 consacrée à l'Information et à Internet, sur le blog du monde diplomatique, Information 2.0
pour continuer, un n° de Manière de voir consacré à Internet et à la révolution culturelle qui semble en découler