Thierry Henry: "Il y a main mais je ne suis pas l'arbitre"
Par PHL le jeudi 19 novembre 2009, 15:37 - Sport - Lien permanent
"J'ai triché? et alors, seul le résultat compte. La France est qualifiée". Voilà ce que pourrait dire Thierry Henry aujourd'hui.
Tous les moyens sont bons. Certes. Mais toutes les fins se valent-elles? Et quelles valeurs sont ici mises en avant?
Après son geste délibéré dans le match de qualification du 18 novembre 2009 pour la Coupe du Monde de football en Afrique du Sud opposant l'équipe de France de football à celle d'Irlande, le capitaine Thierry Henry a déclaré dans une interview:
"Vous avez décroché votre qualification sur un but qui va faire couler beaucoup d’encre…
T.H. : Oui, ça c’est sûr. Mais ce qui est fait, est fait. Je le dis : Il y avait main. L’arbitre ne l’a pas vue. Voilà…
Beaucoup d’Irlandais vont certainement penser que l’équipe de France s’est qualifiée sur une tricherie…
T.H. : Je ne suis pas l’arbitre. Le ballon m’a touché la main. Je suis honnête, il y avait main. (...) Sur l’action, Sébastien Squillaci est à la lutte avec deux joueurs et le ballon m’est arrivé dessus puis a touché ma main. Je l’ai joué. L’arbitre a accordé le but…"
Au moins, on sait deux choses: 1) Thierry Henry a touché le ballon de la main 2) Thierry Henry n'est pas l'arbitre.
Sur les images, il est possible de constater que non seulement le ballon lui a touché la main mais que, plus précisément, il a contrôlé le ballon de la main, ce qui lui a permis d'en redresser la course et de faire une passe décisive à son partenaire. Voilà pour les faits.
Thierry Henry a donc commis en toute conscience une infraction au règlement, en espérant ne pas être sanctionné. Thierry Henry a triché. Voilà pour le jugement.
Il est peut-être un homme vertueux comme semble le dire le président de la Ligue Française de Football, mais il a triché. Il a sans doute une belle carrière derrière lui, mais il a triché. Il n'est peut-être "pas le genre à pratiquer de l'antijeu et à faire des gestes anti-sportifs" selon la secrétaire d'Etat, mais il a triché.
Lui le sait bien. Et tous ceux qui savent lire une image en mouvement le savent aussi. Pas la Secrétaire d'Etat aux sports, certes, qui dit: "vous ne pouvez pas savoir exactement d'où vient le ballon et où il part" (si comme moi vous n'y connaissez rien pourrions-nous rajouter). Mais toute personne ayant déjà vu un sport collectif quel qu'il soit a pu constater comment le ballon a été conduit par le joueur, de manière à pouvoir le jouer. Sans ce geste, le ballon sortait. Il n'y a là aucune chance comme Daniel Cohn-Bendit veut le faire croire.
Ce qui est remarquable d'ailleurs, c'est la convergence des propos: Daniel Cohn-Bendit, Rama Yade, et le monde du football français réunis dans la mauvaise foi au nom de la qualification espérée, de la cohésion nationale nécessaire, du nationalisme sportif.
Ce qui est remarquable également, c'est que les gardiens de l'éthique sportive, qui ne manquent pas de la convoquer au moindre bruissement, révèlent sur quoi est fondée cette éthique: le résultat. Tous les moyens sont bons du moment que l'arbitre n'a pas constaté l'infraction et ne l'a pas sanctionnée. Toutes celles et tous ceux qui aujourd'hui – ayant vu les images en question – continuent à nier l'intentionnalité du geste d'Henry parce qu'il sert l'intérêt d'une équipe de mercenaires qualifiée de nationale, tous ceux-là affirment en fait qu'il a bien fait de le faire. Thierry Henry n'a pas produit un geste anti-sportif puisqu'il respecte l'esprit sportif: l'important, c'était de se qualifier.
Les contradictions sont belles chez les vertueux qui ne manqueront pas de condamner en d'autres occasions ceux qu'ils qualifieront de tricheurs, étrangers si possible.
Au moment du débat sur l'identité nationale, on voit sur quoi elle peut se construire. Un projet commun, une émotion partagée qui rendent aveugles dans des activités aussi futiles que le football et qui adulent ceux qui trichent du moment qu'ils contribuent à la grandeur de la France
Pour prolonger la réflexion:
Revue Quasimodo, N°3/4 Nationalismes sportifs