Ce soir 09/12/09, la Demeure du Chaos fêtait son dixième anniversaire. Ci-dessous le texte que j'ai lu à cette occasion: 10ansDDC

– Tu as peur du KO

– Non je n'ai pas peur du Chaos

– Tu as peur du KO. Tout le monde a peur du KO, même les boxeurs.

– Moi, je n'en ai pas peur. Je n'ai pas peur du chaos. Je n'ai pas peur des boxeurs.

– Tu as peur du KO parce que le KO c'est presque la mort, le KO c'est le comas.

– Je n'ai pas peur du chaos, parce que c'est la vie. C'est l'entrelacement des vies, des choses, des mondes. C'est le grand fratras.

– Tu as peur du KO parce que tu ne sais pas ce qu'il y a autour de toi lorsque ton cerveau se coupe

– Je n'ai pas peur du KO. Mon cerveau ne s'arrête jamais. Du chaos qu'il abrite, il produit des idées, des images, des mots; il produit du sens.

– Tu as peur du KO, comme tout le monde.

– Je n'ai pas peur du chaos. J'ai peur de l'ordre immonde du monde, de l'ordre qui s'impose au monde, à tout le monde. J'ai peur d'un ordre qui fait plier les faibles, ployer les justes, s'agenouiller les croyants, qui met KO les opposants.

– Tu as donc peur du KO...

– Non pas peur. J'ai peur de l'ordre qui mets KO ceux qui s'y opposent, celles qui y résistent.

– Tu vois, tu as peur du KO

– J'ai peur de la mort. Le KO c'est presque la mort. C'est le comas. J'en ai presque peur.

– Tu vois, tu en as presque peur.

– Mais je n'ai pas peur du chaos. Le chaos, c'est la richesse du désordre qui génère l'inattendu, l'improbable, l'impensable même. Je n'ai pas peur du chaos, je n'ai pas peur de l'amoncellement, de la juxtaposition, des mariages contre nature et des natures hybrides. Je n'ai pas peur de l'émergence aléatoire de liens invraisemblables.

– De quoi as-tu peur alors?

– De la mort je t'ai dit. J'ai peur de la mort. J'ai peur de l'ordre biologique qui nous conduit à la mort, de l'ordre politique qui justifie nos morts. J'ai peur de la mort des autres. J'ai peur de la mort des idées et du désordre qu'elles contiennent. J'ai peur du chaos de la chair quand il en sort des métastases. Je n'ai pas peur du chaos de la chair quand il produit l'orgasme.

– Tu as peur et tu n'as pas peur alors?

– Oui, j'ai peur. Mais pas du chaos en tant que chaos. J'ai peur de ce qu'il en sort. J'ai espoir en ce qu'il en sort. J'ai peur de l'ordre qui prétend que le chaos c'est le chaos, de l'ordre qui sait que le chaos c'est la vie et qui affirme que le chaos c'est la mort, pour contrôler la vie, pour juguler l'espoir.

– Tu as peur du pouvoir

– Non je n'ai pas peur du pouvoir, parce que le pouvoir c'est la puissance pratique, le pouvoir c'est ce que nous pouvons, contre les pouvoirs s'il le faut. Le pouvoir, c'est ce que nous sommes, c'est ce que nous faisons. Nous avons le pouvoir de changer le monde, de changer sa représentation, de changer le corps, de varier les plaisirs. Nous avons le pouvoir de dire non, le pouvoir de brouiller les cartes. Nous avons le pouvoir de croire.