Arbitrage dans le football
Par PHL le mardi 20 juin 2006, 14:44 - Sport - Lien permanent
Le mondial 2006 rappelle comment le désir de surveillance s'imprime dans les esprits. Commentaires sur les commentaires portant sur l'arbitrage.
Prétexte:
Tous les quatre ans, le spectacle donné à l'occasion du championnat du monde de football (le mondial) fournit le prétexte à de nombreuses réflexions sur ce qu'il serait souhaitable de faire pour réformer ce sport. Le "il faut" ou le "on doit", habituellement réservés au discours politique et journalistique, alimentent les commentaires. Ce billet porte sur ceux qui s'expriment à propos de l'arbitrage.
Trois matchs de football par jour, retransmis en direct tous les jours plus les diffusions, au moins dans la première phase de la compétition, font apparaître des réalités qui, par ailleurs, sont diluées. Il est évident de constater qu'il existe en matière d'arbitrage différents niveaux de pratique bien sûr (de bons et de moins bons arbitres, qualificatif qui permettent d'ailleurs d'éviter de définir ce qu'est "le bon" arbitre) mais aussi d'interprétation. Comme tout jugement, celui de l'arbitre relève d'une perception de la réalité qui lui permet d'imposer l'arbitraire du règlement à partir d'une interprétation des lois du jeu.
En rugby, il est admis que la culture influe sur les manières de jouer, mais aussi d'arbitrer. L'équipe de France travaille ainsi régulièrement avec un arbitre international afin de saisir comment ces manières de jouer (les siennes et celles des adversaires) peuvent justement être pénalisées (ou bien ne pas l'être) en fonction de la culture arbitrale. Dans le foot, cette réalité est moins bien acceptée, à l'exception de l'arbitrage britannique reconnu comme tolérant à un plus grand engagement physique.
Bref, le mondial permet la comparaison non seulement des équipes et des joueurs mais aussi des arbitres. Les journaux télévisés, les chroniques, les résumés sportifs, les émissions spécialisées mettent bout à bout des images, et commentent les décisions arbitrales. Les consultants (d'anciens champions du monde comme Dugarry ou Leboeuf) y vont de leurs jugements spontanés qui repose plus sur une adéquation avec leur propre vision que d'une analyse (pour laquelle d'ailleurs, il ne sont certainement pas payés par M6). Bref, le mondial 2006 permet d'entretenir la discussion sur l'arbitrage et ses erreurs tout en entretenant la confusion sur ces erreurs. S'agit-il d'erreur d'appréciation (l'arbitre a vu ou n'a pas vu) ou bien d'erreur d'interprétation (l'arbitre a vu ET a jugé grave ou pas, sanctionnable ou pas, intentionnel ou pas, etc.)? Ces deux erreurs sont de nature différentes. Néanmoins, elles entretiennent la polémique. (à titre de polémique, le journal l'équipe pose sa question quotidienne en ces termes: Trouvez-vous l'arbitrage satisfaisant depuis le début de la Coupe du monde? Ce à quoi les Internautes du 20 juin 2006 répondent non à près de 85%)
Comment peut-il en être autrement compte tenu du temps consacré à la discussion de l'arbitrage?
Ainsi, l'arbitre n'a pas VU que la tête du français Viera avait franchi la ligne et qu'aini la France AURAIT DÛ mener deux à zéro; l'arbitre n'a pas vu la faute sur le Togolais Adebayor qui AURAIT DÛ être sanctionnée d'un pénalty.
L'arbitre A JUGÉ que le fait que le Français Zidane avait tiré son coup franc sans attendre le coup de sifflet était un acte d'anti-jeu sanctionné par un avertissement. L'arbitre A JUGÉ qu'une même faute (en fait ce n'est jamais la même, c'est une faute similaire qui arrive dans un contexte différent) nécessitait que le joueur soit exclu (carton rouge), averti (carton jaune) ou averti verbalement.
Voici donc ce qui alimente la polémique: l'erreur et le jugement. Mais une erreur et un jugement qui prennent du sens en fonction des résultats de l'équipe de France. Seule la presse française balbutie sur la tête de Vieira. Seule la presse française compare les avertissements de Zidane (un par match ce qui le prive de jouer le troisième) à des fautes similaires n'ayant pas entraîné de carton jaune. Dans le même temps, il est possible d'imaginer que la presse des autres nations se livre au même jeu pour ce qui concerne son équipe. Nationalisme sportif oblige.