A partir d'une enquête menée à Toulouse en 2003 ("Mémoire coloniale, mémoire de l'immigration, mémoire urbaine"), les auteurs ont sollicité plusieurs chercheurs afin de réaliser une lecture des résultats de l'enquête.

L'ouvrage interroge la difficulté contemporaine à assimiler le passé colonial de la France. Se pose notamment la question de la construction de mémoires partielles et partiales, de l'élaboration de stratégies identitaires de repli et de rejet, de l'émergence de rationalisations nourries d'un passé méconnu, celui de l'empire colonial français, mais aussi celui de l'immigration.

Au-delà des clichés médiatiques et des idées reçues sur le communautarisme, les textes rassemblés dans ce volume fournissent tout à la fois des interprétations rigoureuses que des perspectives visant à dépasser la méconnaissance actuelle. L'enjeu d'une histoire commune s'impose pour dépasser les oppositions naissant des présupposés établissant "notre" histoire face à "leur" histoire,...

Sommaire détaillé :

Introduction, par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire 4

I. HISTOIRE COLONIALE ET ENJEUX DE MEMOIRE 5

1. Les origines républicaines de la fracture coloniale, par Nicolas Bancel et Pascal Blanchard 6 La promotion d’un « modèle français » 8 S’inscrire dans un mouvement républicain 11 Est-ce vraiment la République ? 14

2. Aux origines : l’indépendance d’Haïti et son occultation, par Marcel Dorigny 18 Aux origines de la fracture coloniale 19 Une défaite niée… et des « pères fondateurs » occultés 21 Une lente et progressive mise à l’écart 24 Une mémoire retrouvée ? 27

3. Quand une mémoire (de guerre) peut en cacher une autre (coloniale), par Benjamin Stora 30 Un drame périphérique 30 Des images sans histoires 32 La solitude des porteurs de mémoire 36 La guerre entre les victimes 37

4. L’Outre-Mer, une survivance de l’utopie coloniale républicaine ?, par Françoise Vergès 40 Que sont les outre-mers ? 40 Une diversité propre aux outre-mers 42 Une histoire qui est une non-histoire… 43 Un sentiment de « pas assez » 45

5. Islam et République : une longue histoire de méfiance, par Anna Bozzo 49 La difficulté d’être à la fois musulman et citoyen français 50 Un héritage colonial : la surveillance sécuritaire 52 La fausse application de la loi de 1905 à l’islam algérien 54

6. L’histoire difficile : esquisse d’une historiographie du fait colonial et postcolonial, par Nicolas Bancel 57 Qu’est-ce que l’histoire coloniale et postcoloniale ? 58 La faible reconnaissance de l’histoire coloniale universitaire 60 Une illégitimité universitaire de l’histoire postcoloniale ? 64

7. Colonisation et immigration : des « points aveugles » de l’histoire à l’école ?, par Sandrine Lemaire 67 Le manuel scolaire au centre du système 68 Une césure nette entre histoire nationale et histoire coloniale 70 Focalisation sur les épisodes traumatiques 73 Les lacunes de l’enseignement, terreau de la radicalisation ? 75

8. Trois musées, une question, une République, par Sarah Frohning Deleporte 80 Trois musées pour la mémoire « nationale » 80 La tâche difficile de la « destruction créative » 83 Entre « unité républicaine » et « crise nationale » 85

9. La République, la colonisation. Et après…, par Michel Wieviorka 88 Une association paradoxale 88 La France postcoloniale 90 La crise du modèle républicain d’intégration 91 Extension du domaine des débats 93

10. Sur la réhabilitation du passé colonial de la France, par Olivier Le Cour Grandmaison 96 L’« œuvre positive » de la France en Algérie 96 Du révisionnisme officiel 98 Le bon temps des colonies ? 100

11. La colonisation française : une histoire inaudible, entretien avec Marc Ferro 104 La République a trahi ses valeurs 105 Les « tabous de l’Histoire » 106 L’autocensure des citoyens et la censure des autorités 107 Les ornières du grand public sont structurelles 109

II. REPUBLIQUE, « INTEGRATION » ET POSTCOLONIALISME

12. La République et l’impensé de la « race », par Achille Mbembe 112 Décoloniser sans s’auto-décoloniser 113 Au-delà de la fin de la tutelle 115 Le miroir de la « francophonie » 119 Le difficile passage au cosmopolitisme 122

13. L’héritage colonial au cœur de la politique étrangère française, par François Gèze 128 La colonisation au service de la « grandeur de la France » 129 La « Françafrique » au cœur de l’État français 131 Les vieux démons coloniaux de la diplomatie française 133

14. Indigènes et indigents : de la « mission civilisatrice » coloniale à l’action humanitaire, par Rony Brauman 138 Altruisme et modernisation 138 Avancés et attardés 140 Propreté et rédemption 142 Pouvoir et valeurs 144

15. La France, entre deux immigrations, par Pascal Blanchard 146 Une construction de la différence… par le juridique 148 L’invention de l’indigène 150 Une histoire mythifiée… 153

16. Le « creuset français », ou la légende noire de l’intégration, par Ahmed Boubeker 157 Les héritiers de l’exception coloniale 158 Une faim d’égalité sans lendemain ? 160 Le grand malentendu 162

17. L’ennemi intérieur : la construction médiatique de la figure de l’«Arabe», par Thomas Deltombe et Mathieu Rigouste 165 L’essentialisation de l’Arabe musulman 166 Le ver est dans le fruit 167 Figures de l’ennemi, figures de l’ami 169 Discours sécuritaire et retour de l’imaginaire colonial 171

18. La réduction à son corps de l’indigène de la République, par Nacira Guénif-Souilamas 174 L’ordre patriarcal au service de l’ordre colonial, ou le « gouvernement des corps » 175 L’éternel indigène en sa réserve 177 Des rôles sexuels imposés 179 Les normes de l’indigénisation contemporaine 182

19. La banlieue comme théâtre colonial, ou la fracture coloniale dans les quartiers, par Didier Lapeyronnie 185 Une image imposée qui devient une identité revendiquée 186 Des mots pour le dire… 190 Une « déréalisation » en phase terminale… 193

20. Le retour permanent de l’Afrique « au cœur des ténèbres », par Olivier Barlet 196 Un espace de contre-regard… 196 Désarmer la mauvaise conscience et la persistance du discours racial 197 Un travail collectif de déconstruction des préjugés 201

21. Sport, mémoire coloniale et enjeux identitaires, par Philippe Liotard 205 Des réminiscences coloniales dans le champ du sport ? 207 Ressentiment et identification au champion 209 Le nous et l’autre sportifs 211 « Racisme anti-blanc » ou rejet du fait colonial ? 212

22. La République face à la diversité : comment décoloniser les imaginaires ?, par Patrick Simon 215 Les dissidents de la norme majoritaire 216 Le modèle français d’intégration et la vision pluraliste 217 Le rapport aux origines : ambivalence et discrédit 220

23. Les enseignements de l’étude conduite à Toulouse sur la mémoire coloniale, par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire 225 La focalisation des mémoires sur l’Algérie 226 Une tendance à l’« ethnicisation » des regards sur la société française 228 Une forte demande sociale pour mieux connaître la période coloniale 231

Épilogue. De « notre » mémoire à « leur » histoire : les métamorphoses du Palais des colonies, par Arnauld Le Brusq 233 Hommage des richesses 234 La France au centre des cinq continents 235 Cosmologie coloniale 237 Tourner la page ? 238 Histoire fille de mémoire 240

Annexe 1. Méthodologie de l’étude « Mémoire coloniale, mémoire de l’immigration, mémoire urbaine » menée à Toulouse en 2003, par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire 242 L’enquête par questionnaire 242 Interviews des personnes ressources 243

Annexe 2. Synthèse des principaux résultats de l’étude de Toulouse, par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire 247 Une connaissance très faible de l’histoire coloniale 247 Une attente très forte de l’enseignement de l’histoire coloniale 252 Un jugement largement négatif sur la période coloniale 254 Un regard stéréotypé au cœur de relations intercommunautaires 257 Une demande majoritaire de socialisation de la mémoire coloniale 262 Une perception ambivalente des ex-espaces coloniaux 265 L’échec de l’intégration ? 269 Le tabou colonial au cœur de la société française ? 274 Bilan des supports de transmission de savoirs sur l’histoire coloniale 277