La publication de deux articles sur le site e-llico indique comment la violence la plus abjecte peut se justifier au nom d'un projet redresseur. Il s'agit en l'occurrence de violer des lesbiennes, si possible en réunion, pour les corriger, au double sens du terme: d'abord les punir, et, par cette punition, les remettre dans le droit chemin de la normalité sexuelle.
Le premier article rend compte de la condamnation à la prison à vie d'un jeune Sud-Africain pour le viol et le meurtre d'une activiste homosexuelle connue également pour avoir entraîné les femmes de l'équipe nationale de football sud-africaine. Pour le juge, l'homosexualité de la jeune femme a constitué un élément déclencheur du viol puis du meurtre.
Le second article, publié quelques mois plus tôt, rapporte la pratique de viols collectifs produits à l'encontre de lesbiennes dans le but de les "guérir".
Les pratiques dont il est question montrent comment le viol fonctionne comme thérapie, comme outil de réparation de l'anormalité sexuelle. Cette attitude indique plusieurs choses. D'abord que l'homosexualité (celle des femmes dans ce cas de figure) est considérée comme une maladie et qu'elle peut être traitée par la violence.
D'abord, une violence symbolique s'exerce par la désignation de l'anormalité, de la monstruosité des lesbiennes, situées du côté du mal. Elle se poursuit par la croyance en une déviance et en son corollaire: la possibilité de rectifier la déviance.
C'est cette croyance qui génère la second volet de la violence, physique cette fois, par les coups, les viols, les meurtres, guidés par la haine de l'autre, de celles qui n'aiment pas comme tout le monde. Cette violence exercée par les hommes vient aussi de la haine pour ces femmes qui leur échappent, ces femmes dont le désir est tourné ailleurs.
Le discours correcteur fonctionne comme rationalisation morale. Après avoir violé, il est difficile de se trouver des circonstances atténuantes. Indiquer que les lesbiennes qui en ont été victimes l'ont été "pour leur bien", situe le discours des criminels du côté éducatif (au même titre qu'un parent qui gifle son enfant, qu'un enseignant qui punit un élève...). Si ce discours peut être entendu (peut-être pas devant un tribunal, mais au moins au niveau du sens commun), c'est qu'il s'appuie sur des imaginaires et des significations partagées qui vont rendre le crime acceptable.
Les lesbiennes ne sont pas des femmes, pas des "vraies" femmes. Voilà ce que l'on pourrait conclure de ces viols. En les violant, les violeurs en font des femmes et ils s'affirment comme de "vrais" mecs.
De vrais mecs qui peuvent prendre perpèt.
pour prolonger le débat:
un article du blog du Monde diplomatique: "Homosexuels : cibles émouvantes, boucs émissaires", sur l'homophobie en Afrique, et plus particulièrement au Sénégal, en Ouganda, en Afrique du Sud...