anthropologie, corps, sexe, culture par philippe liotard - anthropo-body.com

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 6 mars 2011

poils genre et politique

La question du poil est anodine. Et à ce titre, elle est loin de l'être.

Le fait d'avoir des poils aux pattes, une touffe sous les aisselles et, désormais, le pubis pileux peut se lire, lorsque l'on est une femme, comme une faute de goûts. Il en va de même pour un homme, qui arbore un torse ou le dos velus, tout comme le pubis pileux. poils_poitrine_homme

En moins de quinze ans, c'est-à-dire à partir du milieu des années 1990, le poil est devenu l'ennemi intime. Des parties du corps jusque là épargnée par l'épilation ou le rasage ont été concernées par son éradication. Les jugements sociaux vis-à-vis de celles et de ceux qui n'ont pas l'épilation se sont durcis, associant la présence de pilosité à du laisser-aller.

Certes, depuis longtemps déjà, se raser les jambes ou les aisselles ou se faire épiler "le maillot" constituait des techniques d'entretien de l'apparence et de construction d'une féminité valorisée... Pour les hommes, le rasage s'inscrit dans un rituel quotidien de présentation de soi. Bref, les poils et les cheveux participent de l'élaboration des apparences. A ce titre, ils s'inscrivent dans des stratégies de présentation de soi. Ils participent également à la perception et au jugement d'autrui.

Sur ce thème, Stéphane Rose a récemment publié à La Musardine, dans la collection L'Attrape-corps dont je souligne l'intérêt de bien des titres, un essai intitulé Défense du poil et sous-titré Contre la dictature de l'épilation intime. (Stéphane Rose, Défense du poil. Contre la dictature de l'épilation intime, Paris, La Musardine, 2010). Il y condamne ce que d'autres nomment la tyrannie de l'épilation...

Ce qui est assez remarquable, c'est l'engouement qui a suivi la parution du livre et dont Stéphane Rose rend compte sur son blog. Certes, son statut d'auteur ET d'attaché de presse à la Musardine facilite le compte rendu et l'entrée dans les réseaux médiatiques. Mais le fait que l'on ait parlé autant de ce livre n'est pas lié seulement à l'entregent de son auteur. (voir notamment le dossier de Fauteuses de troubles: la Question#4: Poils)

Cela caractérise le questionnement qui naît de petits riens, dès lors que ces petits riens organisent une vision du monde, redéfinissent les critères de la féminité et de la masculinité ou encore contribuent à modifier le rapport de chacun-e à son propre corps.

Epilation et rasage ne correspondent pas à des modifications corporelles radicales, mais le corps modifié par le rasoir ou le peigne est un corps qui permet de se positionner socialement, un corps marqué qui permet de se démarquer.

Frédéric Baillette, dans "Organisations pileuses et positions politiques" (Revue Quasimodo, n°6, modifications corporelles) a mis en évidence la manière dont l'affichage masculin du poil, à travers la barbe et la moustache punk organise les sociétés. Benoît Fliche avait étudié de son côté les stratégies pileuses des Turcs vivant à Strasbourg (Benoît Fliche, « Quand cela tient à un cheveu », Terrain, numero-35 - Danser (septembre 2000), disponible en ligne ici). Le rapport de la pilosité aux religions et aux normes de l'apparence est donc connu.

Les réflexions actuelles sur le poil rappellent en quoi l'intime est politique, au sens où les pratiques qu'il organise traduisent l'incorporation d'un ordre social: l'ordre des genres, l'ordre religieux, mais aussi l'ordre du désir, dès lors que le désirable se construit sur la mise en conformité avec les injonctions de la mode, de la beauté marchande et des représentations dominantes.

En ce sens, le poil constitue un bel objet pour penser le monde tel qu'il se fait, les relations entre individus, mais aussi la relation à soi.

Allez, je vais me raser la tête. Le reste, on verra plus tard.

jeudi 6 janvier 2011

Le Printemps de la Jupe et du Respect à Lyon

Un lien vers une vidéo qui présente la première édition du Printemps de la Jupe et du Respect, à Lyon, en 2010 c'est ici: la vidéo

Pour en savoir plus sur cette manifestation: le site

Vous pouvez aussi télécharger l'enquête réalisée par le magazine Phosphore, de septembre 2010: "Entre filles et garçons, les clichés ont la vie dure" en cliquant ici

dimanche 1 novembre 2009

discriminations discrètes liées à l'apparence corporelle

en prévision du colloque de Lille du 18 novembre 2009, voici quelques notes sur les discriminations discrètes.

La HALDE peut être saisie pour toute discriminations portant sur un des 18 critères de discrimination prohibés par la loi, dans des domaines comme l'éducation, l'emploi, le logement, les services publics...

Ma réflexion porte sur des discriminations qui, pour certaines, entrent dans ces critères illégaux de discriminations (par exemple, celles qui se fondent sur l'apparence) et pour d'autres n'entrent pas en tant que telles dans ces critères – comme la transphobie – mais qui pourtant peuvent être condamnées au nom de critères prohibés (notamment l'apparence physique).

Il s'agit notamment d'interroger des discriminations que je qualifie de discrètes car elles traduisent bien un traitement inégalitaire alors que ce traitement échappe à celles et à ceux qui l'effectuent et même parfois à celles et à ceux qui le subissent. Le critère de la discrimination peut, par ailleurs, ne pas apparaître clairement, ou bien la perception de la discrimination être interprétée comme relevant d'un autre critère.

Par exemple, une discrimination objective peut être attribuée à un critère d'origine ou de religion, alors que ce qui la fonde peut, par exemple, résulter d'un rejet lié à l'apparence (au look), ou a des éléments discrets de cette apparence (comme des boucles d'oreille, un type de maquillage ou de coiffure...), ou encore à des petits riens qui échappent à tous (un regard, une posture, une manière de saluer, un accent, une intonation) et qui font que chaque individu est marqué par sa culture, y compris s'il ne s'en aperçoit pas. Ce travail sur les discriminations discrètes consiste d'une part à identifier ce qui peut – dans l'apparence des personnes – produire un traitement inégalitaire. Par ailleurs, il porte sur certaines modifications de l'apparence et sur leurs effets en matière de discriminations: le tatouage et le piercing (certains d'entre eux tout au moins, lesquels et pourquoi), les transformations de l'apparence qui produisent des corps ambigus, échappant aux stéréotypes des féminités et des masculinités convenues, ou encore les corps enrobés que la médecine qualifie d'obèses.

... article en cours de rédaction ... mise à jour le 4 novembre 2009

vendredi 30 décembre 2005

Le Dictionnaire du corps, aux éditions du CNRS

Dirigé par Bernard Andrieu et préfacé par Gilles Boetsch

Lire la suite...

dimanche 27 novembre 2005

Quasimodo - Textes et liens - Anthropologie du corps

la quasi totalité des articles parus dans la revue quasimodo désormais en ligne.

Lire la suite...

jeudi 4 août 2005

Incorporer, incorporation, l'objet, le bijou et le corps, etc.

à Nîmes en septembre malgré l'absence de subvention du conseil général du Gard qui saborde le travail de plusieurs années de création et d'initiatives de l'association le porte-objet

Lire la suite...

mardi 2 août 2005

Corps d'identité

Article de Philippe Liotard dans le Courrier de l'Unesco

Lire la suite...

Nombril

un petit article sympa de Marie Huret dans l'express du 1er août 2005, sur le nombril, montré, orné, piercé, tatoué...

Lire la suite...

Revue Quasimodo

Corps en guerre. Imaginaires, idéologies, destructions.

Lire la suite...

lundi 1 août 2005

Lukas Zpira - Onanisme Manu Militari - Hors Editions, St-Raphaël, 2005

le bouquin de Lukas Zpira

Lire la suite...