anthropologie, corps, sexe, culture par philippe liotard - anthropo-body.com

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jeudi 8 mars 2012

Discriminations liées à l'apparence

gwenJe mets en ligne l'article correspondant à l'intervention que j'ai faite à Lille, en novembre 2009, lors du colloque intitulé "L'apparence physique motif de discrimination", organisé par Eric Pelisson. Ce dernier vient de publier les actes du colloque via Sciences Po Lille.

Le texte ci-joint porte sur les discriminations ordinaires qui portent sur les personnes dont l'apparence est non conforme aux codes sociaux les plus légitimes. Ainsi, piercings, tatouages voire implants sont interrogés quant à leur perception

Discriminations_discretes_et_apparences.pdf

lundi 19 décembre 2011

modifications corporelles et corps exposés

Une petite galerie de gens rencontrés depuis dix ans sur le parcours de leurs corps modifiés, des corps qui se modifient, de personnalités qui se (dé)construisent et se croisent (/public/.Capture_d_ecran_2011-12-17_a_12.40.50_m.jpg|Darc_arm|L|Darc_arm, déc. 2011) C'est ici

dimanche 6 mars 2011

poils genre et politique

La question du poil est anodine. Et à ce titre, elle est loin de l'être.

Le fait d'avoir des poils aux pattes, une touffe sous les aisselles et, désormais, le pubis pileux peut se lire, lorsque l'on est une femme, comme une faute de goûts. Il en va de même pour un homme, qui arbore un torse ou le dos velus, tout comme le pubis pileux. poils_poitrine_homme

En moins de quinze ans, c'est-à-dire à partir du milieu des années 1990, le poil est devenu l'ennemi intime. Des parties du corps jusque là épargnée par l'épilation ou le rasage ont été concernées par son éradication. Les jugements sociaux vis-à-vis de celles et de ceux qui n'ont pas l'épilation se sont durcis, associant la présence de pilosité à du laisser-aller.

Certes, depuis longtemps déjà, se raser les jambes ou les aisselles ou se faire épiler "le maillot" constituait des techniques d'entretien de l'apparence et de construction d'une féminité valorisée... Pour les hommes, le rasage s'inscrit dans un rituel quotidien de présentation de soi. Bref, les poils et les cheveux participent de l'élaboration des apparences. A ce titre, ils s'inscrivent dans des stratégies de présentation de soi. Ils participent également à la perception et au jugement d'autrui.

Sur ce thème, Stéphane Rose a récemment publié à La Musardine, dans la collection L'Attrape-corps dont je souligne l'intérêt de bien des titres, un essai intitulé Défense du poil et sous-titré Contre la dictature de l'épilation intime. (Stéphane Rose, Défense du poil. Contre la dictature de l'épilation intime, Paris, La Musardine, 2010). Il y condamne ce que d'autres nomment la tyrannie de l'épilation...

Ce qui est assez remarquable, c'est l'engouement qui a suivi la parution du livre et dont Stéphane Rose rend compte sur son blog. Certes, son statut d'auteur ET d'attaché de presse à la Musardine facilite le compte rendu et l'entrée dans les réseaux médiatiques. Mais le fait que l'on ait parlé autant de ce livre n'est pas lié seulement à l'entregent de son auteur. (voir notamment le dossier de Fauteuses de troubles: la Question#4: Poils)

Cela caractérise le questionnement qui naît de petits riens, dès lors que ces petits riens organisent une vision du monde, redéfinissent les critères de la féminité et de la masculinité ou encore contribuent à modifier le rapport de chacun-e à son propre corps.

Epilation et rasage ne correspondent pas à des modifications corporelles radicales, mais le corps modifié par le rasoir ou le peigne est un corps qui permet de se positionner socialement, un corps marqué qui permet de se démarquer.

Frédéric Baillette, dans "Organisations pileuses et positions politiques" (Revue Quasimodo, n°6, modifications corporelles) a mis en évidence la manière dont l'affichage masculin du poil, à travers la barbe et la moustache punk organise les sociétés. Benoît Fliche avait étudié de son côté les stratégies pileuses des Turcs vivant à Strasbourg (Benoît Fliche, « Quand cela tient à un cheveu », Terrain, numero-35 - Danser (septembre 2000), disponible en ligne ici). Le rapport de la pilosité aux religions et aux normes de l'apparence est donc connu.

Les réflexions actuelles sur le poil rappellent en quoi l'intime est politique, au sens où les pratiques qu'il organise traduisent l'incorporation d'un ordre social: l'ordre des genres, l'ordre religieux, mais aussi l'ordre du désir, dès lors que le désirable se construit sur la mise en conformité avec les injonctions de la mode, de la beauté marchande et des représentations dominantes.

En ce sens, le poil constitue un bel objet pour penser le monde tel qu'il se fait, les relations entre individus, mais aussi la relation à soi.

Allez, je vais me raser la tête. Le reste, on verra plus tard.

jeudi 6 janvier 2011

Le Printemps de la Jupe et du Respect à Lyon

Un lien vers une vidéo qui présente la première édition du Printemps de la Jupe et du Respect, à Lyon, en 2010 c'est ici: la vidéo

Pour en savoir plus sur cette manifestation: le site

Vous pouvez aussi télécharger l'enquête réalisée par le magazine Phosphore, de septembre 2010: "Entre filles et garçons, les clichés ont la vie dure" en cliquant ici

dimanche 2 janvier 2011

Mort d'Isabelle Caro

une analyse des facteurs sociaux de l'anorexie à partir d'une réaction à la mort d'Isabelle Caro sur: Philippe Liotard's Blog cliquez ici

isabelle caro

vendredi 5 novembre 2010

Parution de Corps et traditions islamiques. les usages sociaux du corps de Hafsi Bedhioufi

Les éditions universitaires européennes nous livrent l'ouvrage d'Hafsi Bedioufi, Corps et traditions islamiques. les usages sociaux du corps. hafsi

le texte de présentation de l'éditeur: "louvrage propose une contribution en sociologie et anthropologie. Cest une nouvelle lecture non réductrice de la corporéité en Tunisie. Elle offre au lecteur beaucoup de pistes de réflexions et une multitude de points à approfondir. Notre souci est douvrir un vrai débat pour approfondir létude de la vie sociale en Tunisie. Jusquà présent la corporéité na pas été considérée comme un sujet de première importance. Cest le travail intime de notre étude que nous avons considéré comme lunique sujet digne dinvestigation. En réalité il faut voir la chose autrement. La culture tunisienne constitue un tout indivisible. Cette spécificité déléments nous empêche de la comparer à une autre culture. La pensée sociale au temps présent ne trouve pas devant elle de tâche plus importante que celle davoir une conception adéquate de la relativité culturelle. Nous croyons quil y a progrès de l''humanité."

dimanche 29 août 2010

C'est la rentrée pour les élèves, la sortie pour les Roms

Bientôt la rentrée pour les élèves et les enseignants, tandis que des milliers de Roms vont être expulsés.

mercredi 9 juin 2010

Débat autour de Sport et homosexualité, où est le problème (documentaire de Michel Royer)

Débat autour de Sport et homosexualité, où est le problème (documentaire de Michel Royer) Mairie du 7è Lyon (mardi 8 juin 2010) et Stade Geoffroy-Guichard Saint-Etienne (dimanche 13 juin 2010)

Beau débat le mardi 8 juin, en mairie du 7è à Lyon à partir du film de Michel Royer, Sport et homosexualité, où est le problème?

Organisé par l'association Homosexualités et socialisme, ce débat a donné lieu à un échange très intéressant avec l'assistance.

programmefootetdiversite-07-170610.jpgJe remets ça, autour du même film, ce dimanche, au stade Geoffroy Guichard, à Saint-Etienne. Le club local (l'ASSE) a en effet signé la charte contre l'homophobie dans le football proposé par le Paris Foot Gay, charte déjà signée par le Paris Saint-Germain, Auxerre et Nice. Ce débat prend place dans le cadre de la semaine "Foot et diversité. Tous différents, tous gagnants", organisée par la ville de Saint-Etienne, associée à la Licra.

Le programme en image: 2123_programmefootetdiversite.pdf

La version courte du documentaire a obtenu le Grand Prix du Festival du Film Gay et Lesbien de Saint-Etienne 2010, organisé par l'association Face à Face.

Mise à jour: le 5 février 2011, Carton Rouge à l'homophobie lors du match de football Montpellier-Asse

dimanche 23 mai 2010

Regards croisés sur l'éducation avec Judith Butler à Lyon, 21 mai 2010

Le 21 mai 2010, l'IUFM de l'Université Lyon 1 accueillait la philosophe Judith Butler.

Considérée comme une des spécialistes mondiales du genre, référence incontournable de nombreux mouvements sociaux (gays et lesbiens, transidentitaires) et politiques (queer), j'ai particulièrement apprécié les tous premiers mots qu'elle a prononcés:

"Je ne comprends toujours pas ce que ça veut dire le genre. C'est toujours une question pour moi."

Quand on sait que Gender Touble a été publié en 1990 aux Etats-Unis (traduction française, Trouble dans le genre en 2005), l'interrogation ne manque pas de souligner le travail constant de la pensée visant à comprendre un phénomène.

Voici maintenant le texte que j'ai prononcé pour accueillir Judith Butler:

Accueil de Judith Butler

Discours prononcé par Philippe Liotard, Chargé de Mission pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes de l’Université Lyon 1 le 21 mai 2010

Je ne suis ni un spécialiste des Gender studies, ni des féminismes, ni des mouvements homosexuels, ni des revendications transidentitaires, ni des postures queers.

Pourtant, c’est avec un grand plaisir que j’accueille Judith Butler, au nom de la Mission pour l’Egalité entre les Femmes et les Hommes que m’a confiée Lionel Collet, Président de l’Université Lyon 1. Parce que ses textes ont à voir avec l’égalité et que c’est à ce titre que j’ai rencontré son œuvre, bien avant qu’elle ne soit traduite en français (Gender Trouble est publié à La Découverte (Trouble dans le genre) en 2005, 15 ans après sa parution aux Etats-Unis ; Bodies that matter est publié aux éditions Amsterdam (Ces corps qui comptent) en 2009, seize ans après leur édition originale). Plus précisément, j’ai rencontré son œuvre parce qu’elle interroge la construction du genre à partir de celle du corps. A partir des corps modelés par l’éducation mais aussi des corps exclus, des corps marginaux, qui touchent à « l’invivable, l’inracontable, le traumatique » (Ces corps qui comptent, p. 192).

Ma rencontre avec les textes de Butler s’est donc faite à partir de ces corps dont Quasimodo pourrait être l’étendard, Quasimodo qui a donné son nom à la revue qui m’a permis d’interroger les normes corporelles à partir des déviances de l’art, de la fiction, des modifications du corps… La manière dont s’est faite cette rencontre associe pour moi Judith Butler à Donna Haraway (et son Cyborg manifesto). L’une comme l’autre m’ont amené à questionner l’« ordre sexuel symbolique » (pour reprendre la formule d’un groupe de recherche de l’Université Montpellier III), à penser autrement, à envisager la pluralité des possibles et surtout à comprendre ce qui se joue dans l’évidence de la différence des sexes, de la construction des genres et des relations entre les hommes et les femmes, ce qui se joue dans les sexualités, dans les bricolages identitaires. L’une comme l’autre m’ont permis de saisir comment s’exercent les pouvoirs : non seulement le pouvoir qui préexiste aux individus, mais aussi le pouvoir que les individus possèdent, celui de penser et d’agir autrement, y compris sur leur propre corps, sur leur propre identité. Avec Quasimodo, et « ses boursouflures, ses gibbosités, ses boiteries », nous prétendions nous dresser « contre les pourfendeurs de la licence corporelle, et les adeptes des corps réglementaires » (Esmeralda, n° 1, 1996). D’une certaine manière nous étions, sans le savoir encore, sur des positions que Judith Butler avait adoptées quelques années auparavant sur le corps et sur un questionnement qui permettait de ne pas être surpris des mutations auto-produites, par exemple, par Beatriz Preciado et rapportées dans son ouvrage Testo junkie (Grasset, 2008).

L’honneur de recevoir Judith Butler, au nom de la mission pour l’égalité, je le ressens aussi en raison de l’impact de son discours dans les revendications à l’égalité des catégories les plus dominées ou les plus marginalisées dans l’ordre du genre : les homosexuels des deux sexes, les mouvements transidentitaires, queer et plus généralement tous les activistes de l’identité, tous les artistes qui mettent en scène le genre de manière à en pervertir les repères. Dans nombre de ces combats, Judith Butler est la référence majeure, sinon l’argument.

Il y a d’ailleurs une sorte d’ironie à voir ainsi citer Judith Butler, elle qui s’appuie tant sur des auteurs qu’Outre-Atlantique on apparente à la French Theory (Derrida, Foucault, Lacan, Kristeva). Troubler le genre est ainsi devenu, en France, un projet politique rationalisé par la référence à Gender trouble, parfois contre Judith Butler elle-même. Les mises au point qu’elle a faites dans Bodies that matter sur ses intentions et sur sa vision de la performativité du genre introduite dans Gender Trouble sont absentes du discours militant. D’ailleurs, à l’instar de Jacques Lacan qui disait que toute sa vie il avait écrit pour lutter contre des malentendus et qu’en écrivant il en produisait de nouveaux, Judith Butler termine fort lucidement l’introduction de Ces corps qui comptent en disant, je la cite : « ce texte ne se veut pas programmatique. Néanmoins, puisqu’il tente de clarifier mes “intentions”, il paraît voué à produire une nouvelle série de malentendus. J’espère tout le moins qu’ils seront productifs ». Ce que l’on peut dire aujourd’hui, dix-sept ans après l’écriture de ces lignes, c’est que l’œuvre de Judith Butler a sans doute produit les malentendus parmi les plus performants socialement. C’est pourquoi il importe d’autant plus aujourd’hui – lors de cette journée – de croiser les regards à partir de son œuvre en matière de genre et d’éducation. Butler offre une voie pour penser les effets de l’éducation par les effets du discours. Elle ouvre aussi une voie pour penser la déconstruction des normes et des évidences à partir de la notion de performativité qui se situe dans le langage. Ce que nous dit son œuvre, c’est sans doute moins que tout individu peut « performer » son identité selon une claire volonté que le fait qu’il est avant tout construit dans son évidence de femme ou d’homme, dans l’évidence de l’hétérosexualité par l’anodin du discours qui l’enveloppe dès sa naissance, à travers les détails les plus insignifiants en apparence que contient ce discours dans lequel il est pris. Enfin, en relisant la notion de pouvoir inspirée de Foucault, Judith Butler invite à rappeler que l’éducation du genre peut sans doute se comprendre comme la capacité à produire en chacun et en chacune le pouvoir d’être soi, avec, malgré ou contre le pouvoir établi par le discours.

Au moment où, plus que jamais, les études de genre sont menacées dans le cadre des maquettes des nouveaux masters préparant aux métiers de l’enseignement, la présence de Judith Butler cet après-midi dans les murs de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres est une chance.

Je vous remercie.

vendredi 16 avril 2010

Un article sur le tatouage, les piercings et l'emploi

Une interview de Philippe Liotard parue récemment dans Entreprises et carrières, n°994, 23-29 mars 2010

"Tatouages et piercings: d'abord une affirmation de soi"

première partie:

E_C-994-itw_Liotard.pdf

seconde partie:

E_C-994-itw_Liotard_suite_.pdf

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